1916-09-20-DE-001
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Source: DE/PA-AA/R14094
Central register: 1916-A-28162
Edition: Genocide 1915/16
Date of entry in central register: 10/17/1916 p.m.
Embassy/consular serial number: K. No. 93/No. 2669
Translated by: Vera Draack (Translation sponsored by Zoryan Institute)
Last updated: 03/23/2012


From the Consul in Aleppo (Roessler) to the Reichskanzler (Bethmann Hollweg)

Report



K. No. 93 / No. 2669
Aleppo, 20 September 1916
In the area around the Euphrates River, difficulties have arisen in connection with the distribution of American financial aid carried out until now by Sister Beatrice Rohner through Armenian intermediaries. One of the intermediaries was seized by the authorities and beaten to force him to make a statement on the relief organisation. In order not to endanger this organisation, Sister Rohner has temporarily stopped distributing the American funds and left this to the American consul. The latter sent Mr. Bernau, an employee of the American Vacuum Oil Company, on his way to distribute this financial aid under the pretext that he must collect money for his company. The journey was carried out from Aleppo via Meskené to Der-el-Zor from 24 August to 4 September. Although Bernau is a citizen of the German Reich, he no longer has any knowledge of German, because both his grandfather and father married non-German women in the Orient. Thus, his report to the American consul has been written in French, the language with which he is familiar. He asked the German consulate to intervene on his behalf in obtaining official travelling permission, but was referred to the American consul, because he wanted to travel for American purposes, and the latter obtained such permission, although with considerable difficulty. As it is not out of the question that the report will be published sooner or later in the United States and used against Germany, because our enemies continue to stress that we are responsible for the annihilation of the Armenians, I did not want to refrain from presenting the enclosed transcript to Your Excellency. I had no means at my disposal to prevent this report from being given to the American consul. In my opinion, unfortunately, it also holds the truth. Bernau only expressed the horror that overcomes anyone who comes into close contact with the starving masses of deportees, deliberately exposed to death of starvation.

The moment Bernau entered the Mutesarriflik of Der-el-Zor, he was accompanied by the secret police. He is convinced that, as long as Zekki Bey, the present Mutesarrif, remains in Der-el-Zor, all the Armenians who enter his territory are doomed. The towns named in his report, Meskené, Abu Hrera, Hamman, Rakka and Zierrat, are part of the Vilayet Aleppo; Sebkha is part of the Mutesarriflik of Der-el-Zor.

The fact reported on the 29th of last month under No. 2463, that slaughtering has begun once again in the area between the Euphrates and Chabur Rivers, has meanwhile been confirmed. On his reconnaissance of the Euphrates River, Lieutenant-Commander von Mücke passed corpses floating on the Euphrates River an hour upriver from the mouth of the Chabur River.

I am sending the same report to the Imperial Embassy.


Roessler


Enclosure

Voyage de Meskené à Derizoor accompli du 24 Août au 4 Septembre 1916

Il est impossible de rendre l'impression d'horreur que m'a laissé mon voyage à travers les campements arméniens disséminés le long de l'Euphrate, spécialement sur la rive droite entre Meskené et Derizoor. ,,Campement" est beaucoup dire, car la plupart de ces malheureux, brutalement arrachés à leur terre natale, à leurs foyers, à leur familles, dépouillés de leurs biens au départ ou en chemin, sont parqués en plein air comme des bestiaux, sans abri, presque sans vêtements, soutenus à peine par une alimentation tout à fait insuffisante.

Exposés à toutes les intempéries, en été au soleil torride du désert, en hiver à la pluie et au froid, débilités déjà par le privations, les longues marches, les mauvais traitements, les plus cuisantes tortures et les angoisses quotidiennes les moins débiles ont réussi à se creuser des terriers au flanc des rives du fleuve.

Heureux peuvent se dire, et combien sont ils rares, ceux qui ont réussi à sauver du naufrage quelques hardes, quelques toiles de tente pour s'abriter, et un peu d'argent qui leur permet de se procurer de la farine, s'ils peuvent en trouver, et en ce moment des pastèques aux villageois des environs ou quelque mouton malade, à pris d'or, au nomades de passage. Partout se ne sont que faces décharnées et haves, des squelettes ambulants, en proie à toutes les maladies, victimes surtout de la faim.

L'Administration qui a pris sur elle de les traîner à travers le désert n'a cure de les nourrir. Il semble même que se soit un principe de gouvernement de les laisser mourir de faim. Un massacre en règle, comme au temps où la liberté et la fraternité n'avaient pas été proclamées par la Constitution, eut été plus humain. Il eut du moins épargné à ces misérables les affres de la faim et la mort à petit feu dans les pires tortures, dans des raffinements de supplices dignes des Mongols. Mais un massacre eut été moins Constitutionnel !!!!! La civilisation est sauvé!

Les épaves de la nation arménienne disséminées sur les bords de l'Euphrate ne se composent que de vieillards, de femmes et d'enfants. Les hommes mûrs et les jeunes gens, qui n'ont pas encore été massacrés, ont été dispersés sur les routes de l'empire où ils cassent des cailloux, réquisitionnés pour les besoins de l'armée, occupés à des travaux pour le compte de l'Etat.

Les jeunes filles, souvent même des fillettes, sont devenues la proie des musulmans; elles ont été enlevées tout le long du chemin d'émigration, parfois violées et vendues, sinon tuées par les gendarmes qui conduisaient les tristes caravanes, jetées dans les harems ou dans la domesticité de leurs bourreaux.

Comme à la porte de l'Enfer du Dante il faudrait écrire à l'entrée de ces maudits campements: ,,Vous qui entrez, laissez toute espérance". Des gendarmes à cheval parcourent les alentours avec ordre d'arrêter et de fustiger les fugitifs. Les routes sont bien gardées! Et quelles routes! … elles ne mènent qu'au désert, où la mort est aussi sûre que sous la bastonnade des gardes galleyes ottomans. J'ai rencontré en plein désert, à différents endroits, six des fuyards, abandonnés mourant par les gendarmes et entourés de chiens affamés qui n'attendaient que leur dernier hoquet d'agonis pour se jeter sur eux et s'en repaître.

D'ailleurs on rencontre tout le long du chemin dès Meskené à Derizoor des tombes renfermant les dépouilles des infortunes arméniens abandonnés et morts dans d'atroces souffrances. C'est par centaines qu'on compte ses tumulus ou gîtent anonymes dans leur dernier sommeil ces parias de l'existence, ces victimes d'une barbarie sans nom.

Empêchés, d'une part, de s'éloigner des campements pour chercher des moyens de subsistance, les déportés arméniens ne peuvent même pas, d'autre part, exercer cette faculté naturelle à l'homme et spécialement à la race arménienne, de s'adapter à son malheur et d'appliquer son ingéniosité à diminuer la somme de ses maux.

Ils pourraient se construire quelques abris, cabane ou hutte de terre, s'essayer peut-être à quelque culture, s'ils avaient seulement l'espérance de rester ou ils sont. Cette espérance leur est refusés. Ils peuvent s'attendre à tout moment être obligés de changer de lieu de supplice; et ce sont de nouvelles marches forcées, sans pain, sans eau, sous les coups de cravaches, de nouvelles fatigues, des mauvais traitements dignes des marchands d'esclaves du Soudan, et des victimes tout le long du chemin, de ce calvaire abominable.

Ceux qui ont encore quelque reste d'argent sont incessamment exploités par leurs gardiens qui, sous menace de les envoyer plus loin, leur extorquent peu à peu leurs dernières ressources, et quand ces ressources sont épuisées, ils mettent tout aussi bien ces menaces à exécution.

Ce que j'ai vu et entendu surpasse toute imagination. Parler de ,,mille et une horreurs'' est trop peu dans le cas; j'ai cru passer à travers un coin de l'enfer. Les quelques faits, que je vais rapporter, pris ça et là sur le vif, ne donneront qu'une faible idée du lamentable et terrifiant tableau. Les mêmes scènes se répètent dans les différents endroits que j'ai traversés, partout c’est la même barbarie gouvernementale qui vise l'anéantissement systématique par la faim des survivants de la nation arménienne en Turquie, partout la même inhumanité bestiale de la part des bourreaux et les mêmes supplices endurés par les victimes, tout le long de l'Euphrate, de Meskené à Derizoor.

Meskené: Par sa position géographique aux confins de la Syrie et de la Mésopotamie, devint le point naturel de concentration des déportés arméniens arrivant des Vilayets de l'Anatolie et expédiés en suite le long de l'Euphrate. Ils arrivèrent par millier, mais la plupart y laissèrent leurs os. Triste et lugubre impression que laisse cette immense et morne plaine de Meskené. Des renseignements recueillis sur place me permettent d'affirmer qu'environ 60000 arméniens y furent enterrés, emportés par la faim, les privations de toutes sortes, les maladies intestinales et le typhus qui en résultèrent. A perte de vue des tumulus contenant 200 à 300 cadavres enfouis là pêle-mêle, femmes, enfants et vieillards appartenant à différentes familles.

Actuellement, environ 4500 arméniens restent parqués entre la ville de Meskené et l'Euphrate. Ce ne sont que des fantômes vivants. Leurs surveillants leur distribuent parcimonieusement et très irrégulièrement un peu de pain. Parfois 3 ou 4 jours se passent sans que ces affamés, qui n'ont que ce morceau de pain pour vivre, ne reçoivent absolument rien. La dysenterie foudroyante fait parmi eux de nombreuses victimes, surtout parmi les enfants. Ces derniers se jettent voracement sur tout ce qui leur tombe sous la main: ils mangent des herbes, de la terre et jusqu'à leurs excréments.

J'ai vu, sous une tente de 5 à 6 mètres carrés, environs 450 orphelins de père et mère, grouillant pêle-mêle dans la saleté et la vermine. Ces pauvres petits reçoivent 150 grammes de pain par jour, parfois même et c'est le plus souvent le cas ils restent deux jours sans avoir rien manger. Aussi la mort fait parmi eux de cruels ravages. Cette tente abritait 450 victimes à mon passage. Huit jours après, lors de mon retour, des maladies intestinales en avaient emporté 17.

Abou Herrera: est une petite localité au nord de Meskené au bord de l'Euphrate. C'est le désert le plus complet. Sur une petite colline à 200 mètres du fleuve, sont parqués 240 arméniens sous la surveillance de 2 gendarmes qui, sans pitié, les laissent mourir de faim dans les plus atroces souffrances. Les scènes dont je fus là témoin surpassent toute horreur. Près de l'endroit où s'arrêtent les voitures, des femmes, qui ne m'avaient pas aperçu arriver, cherchaient dans le crottin de cheval les grains d'orge non encore digérés pour s'en nourrir. Je leur donnai un peu de pain. Elles se jetèrent dessus comme des chiens mourant de faim, le portèrent avidement à leur bouche avec des hoquets et des tremblements d'épileptiques. Bientôt, averties par l'une d'elle, 240 personnes, disons plutôt des loups affamés, qui n'avaient pas mangé depuis 7 jours, se précipitèrent vers moi du haut de la colline, tendant leurs bras décharnés, implorant avec des larmes et des cris un morceau de pain. C'étaient surtout des femmes, des enfants et une dizaine de vieillards.

A mon retour, je leur apportait du pain et fus pendant trois quarts d'heure le spectateur apitoyé mais malheureusement impuissant de luttes rapaces autour d'un morceau de pain, telles que des bêtes fauves affamées peuvent seules en donner le spectacle.

Hammam: est un petit village où sont groupé 1600 arméniens, toujours le même tableau de la faim et des horreurs. Les hommes ont été réquisitionnés comme manœuvres, terrassiers ou cantonniers; pour tout salaire ils reçoivent un bout de pain indigeste et insuffisant à leur donner les forces nécessaires pour leur travail exténuant.

En cet endroit j'ai rencontré quelques familles qui ont encore de l'argent et qui peuvent se sustenter misérablement; mais la plupart couchent sur la terre nue, sans abri, vivant de pastèques, les plus malheureux même se contentent de ronger les écorces jetées par les autres. La mortalité est très élevée, surtout parmi les enfants.

Rekka: ville assez importante situé sur la rive gauche de l'Euphrate; 5 à 6000 arméniens, surtout des femmes et des enfants sont disséminés dans les différents quartiers de la ville, et habitant par groupes de 50 à 60 dans les maisons que la mansuétude du gouverneur a procurés aux plus pauvres. Il faut reconnaître le mérite partout où il se rencontre; et ce qui ne serait que le strict devoir en temps normal de la part d'un fonctionnaire ottoman envers des sujets ottomans, peut passer pour de la générosité et même de l'héroïsme dans les circonstances actuels.

Malgré qu'à Rekka les arméniens soient moins molestés qu'ailleurs, leur misère est pourtant effrayante. La farine leur est très irrégulièrement distribuée par les autorités et en quantité insuffisante; aussi chaque jour on voit que femmes et enfants aux portes de boulangeries quêtant un peu de farine et implorant par centaines dans les rues la charité des habitants. Toujours l'horrible spectre de la famine. Si on pense que parmi cette plèbe affamée il se trouve des personnes ayant occupées de hautes positions sociales, on s'imagine aisément les tortures surtout morales que subissent ces malheureux, hier riches et enviés, aujourd'hui quêtant comme les plus misérables un vil morceau de pain.

Sur la rive droite de l'Euphrate, en face de Rekka, se trouve environ un millier d'arméniens affamés, logés sous des tentes et gardés par des soldats. Ils attendent d'être transférés ailleurs pour remplir sans doute les vides faits par la mort dans d'autres campements. Et combien entre eux arriveront à destination!

Zierrat: est au nord de Rekka; environ 1800 arméniens y sont campés; plus qu'ailleurs ils souffrent de la faim, car Zierrat est tout à fait désert. On y voit des groupes d'hommes et d'enfants qui errent au bord du fleuve, cherchant à apaiser leur faim avec des herbes, et d'autres qui tombent morts d'inanition sous les yeux impitoyables des gardiens, dont le chef, homme barbare dans toute acception du terme, interdit à quiconque de franchir les limites du campement, sans autorisation spéciale, sous peine de bastonnade.

Sebga: petit village où un groupe de 250 à 300 arméniens vivent aussi misérablement et aussi affamés qu'ailleurs.

Der Y Zoor: chef lieu du Mutessarifat indépendant du même nom. Il y a quelques mois, 30000 arméniens étaient installés dans un campement aux bords de la ville, sous la protection du Gouverneur Ali Souad Bey. Quoique je ne veuille pas faire de personnalité, je ne voudrais pas pourtant passer sous silence le nom de cet homme de cœur dont les émigrés n'avaient qu'à se louer et qui s'était efforcé d'adoucir leurs maux. Un certain nombre d'entre eux avaient même commencé un petit commerce et s'estimaient heureux de rester dans cette ville. Ce qui prouve bien que si la raison d'Etat exigeait, admettons le, la déportation en masse des arméniens pour le règlement préventif de la question arménienne (?) du moins les autorités eussent agi humainement et aussi dans les intérêt de l'Empire Ottoman, en transplantant les arméniens dans des villes où ils dussent se livrer au commerce ou à l'exercice de leurs métier, ou bien en les transportant sur des terres cultivables où le besoin de main d'œuvre se fait terriblement sentir en ce moment. Mais s'il s'agit de supprimer la race pour supprimer du même coup la question arménienne, le but n'eut sans doute pas été atteint.

Toujours est-il que la faveur (!) relative dont les arméniens jouissaient à Der y Zoor fut dénoncé en haut lieu: le coupable Ali Souad Bey fut transféré à Bagdad et remplacé par Zekky Bey, remarquable d'inhumanité et de barbarie. On m'a raconté à Der y Zoor des choses effroyables sur le compte du nouveau Mutéssarif. La prison, les tortures, les bastonnades, les pendaisons, furent à un moment donné le pain quotidien de la petite ville. Les filles violées ou livrées aux arabes des villages environnants, pour leur plaisir ou leur service, les enfants noyés dans le fleuve; ni la faiblesse, ni l'innocence furent épargnées.

L'excellent Ali Souad Bey avait recueilli près d'un millier d'orphelins dans une grande maison et pourvoyait régulièrement à leur subsistance aux frais de la ville; son successeur les a jetés dehors pour la plupart où ils sont morts dans les rues comme des chiens, de faim, de toutes sortes de privations et de sévices.

Bien plus, les 30000 arméniens qui se trouvaient à Der y Zoor furent impitoyablement expulsés le long du Chabour, affluent de l'Euphrate, c'est à dire dans la région la plus désertique de ces contrées, où il a du leur être absolument impossible de trouver quoique se soit pour leur subsistance. Selon les renseignements pris par moi à Der y Zoor, un grand nombre est mort déjà et le reste ne tardera pas à les suivre.

Conclusion: J'estime à environ 15000 les arméniens éparpillés le long de l'Euphrate entre Meskené et Der y Zoor en passant par Rekka. Comme je l'ai déjà dit, ces malheureux, abandonnés, maltraités par l'Administration, mis dans l'impossibilité de se ravitailler meurent peu à peu de faim. L'hiver approche; le froid et l'humidité ajouteront leurs ravages à ceux de la famine. Le seul remède praticable serait de pouvoir leur faire parvenir régulièrement les sommes nécessaires à l'achat de la farine. Ils pourront presque partout se la procurer quoique coûteusement. Sans doute il y a beaucoup d'obstacles à cet envoi de subsides, dont le principal est le mauvais vouloir des Autorités; mais on pourrait cependant par des moyens détournés arriver à leur transmettre des secours pécuniaires qui seraient répartis entre les différents groupements pour une distribution équitable et suffisante de la farine.

Si ces secours font défaut, c'en est fait de tous ces malheureux; si au contraire ils sont assez abondants, on peut espérer que beaucoup d'entre eux se soutiendront jusqu'à la paix prochaine qui décidera de leur sort.

Je crois, Monsieur le Consul, avoir assez dit sur ses épaves délaissées de l'humanité pour que des mesures immédiates soient prises en vu de leur porter secours, et c'est sous l'impression que ma faible voix se fera entendre et portera ses fruits que je clos mon rapport en vous priant d'agréer mes sentiments les plus distingués.


[A. Bernau]
[French text translated by George Shirinian]

Trip from Meskené to Der-el-Zor made August 24 to September 4, 1916


It is impossible to convey the horror that my voyage through the Armenian camps spread along the Euphrates left with me especially on the right bank between Meskené and Der-el-Zor. “Camp” is saying a lot, because the majority of these wretched people, brutally torn from their native soil, their homes, their families, stripped of their goods at the beginning or on the way, are left in the open air like cattle, without shelter, almost without clothing, are barely supported by a completely insufficient diet.

Exposed to all the bad weather, in summer with the torrid sun of the desert, in winter with the rain and the cold, debilitated already by the deprivations, the long marches, the ill treatment, the most stinging tortures, and the daily anguish, the least weak have succeeded in digging hollows on the side of the river banks.

Happy are those, and they are rare, who have succeeded to save themselves from the shipwreck, some clothing, some fabric for a tent to shelter themselves, and a little money which enables them to get flour, if they can find some, and at this time some watermelon from the neighbouring villagers or some sick sheep, for the price of gold from passing nomads. Everywhere are only bony and emaciated faces, and of the walking skeletons, prey to all the diseases, victims especially of hunger.

The Administration which took on itself to lead them through the desert has no care about feeding them. It even seems that it may be a principle of government to let them die of hunger. A massacre by order, as in the time when freedom and fraternity had not been proclaimed by the Constitution, would have been more humane. It would have at least saved these poor wretches the pangs of the hunger and death little by little in the worst tortures, in refinements of tortures worthy of the Mongols. But a massacre would have been less Constitutional!!!!! Civilization is saved!

The wrecks of the Armenian nation scattered on the banks of the Euphrates are composed only of old men, women and children. Aged men and young people, who have not been massacred yet, were dispersed along the roads of the empire where they break stones, requisitioned for the needs of the army, occupied with work for the benefit of the State.

The girls, often even the very young girls, have become the prey of the Moslems; they have been kidnapped all along the route of the deportation, sometimes violated and sold, if not killed by the gendarmes who drove the sad caravans, thrown into the harems or the domestic service of their torturers.

As at the door of Dante’s Inferno, it should be written at the entrance of these cursed camps: “You who enter, leave all hope behind .” The mounted gendarmes traverse the neighbourhoods with orders to stop and beat the fugitives. The roads are well guarded! And what roads! ... they lead only to the desert, where death is as sure as under the beating of the Ottoman slave-masters. I have met in the middle of the desert, at various places, six runaways, given up for dead by the gendarmes and surrounded by starving dogs which did not wait for their last agonizing gasp to leap on them and feed on them.

In addition, one meets all along the route from Meskené to Der-y-Zor tombs containing the abandoned clothing stripped of the unfortunate Armenians dead in painful atrocities. One counts by the hundreds the anonymous burial mounds or resting places in their last sleep of these pariahs of existence, these victims of a barbarism without name.

Prevented, on one side, from wandering from the camps to search for means of subsistence, the Armenian deportees cannot even, on the other side, exercise this natural human faculty, and especially that of the Armenian race, of adapting to its misfortune and of applying its ingenuity to decreasing the sum of its evils.

They could build some shelters, cabanas or huts; try perhaps some culture, if they only had the hope of remaining where they are. This hope is refused to them. They can expect, at any time to be forced change the place of their torment; and there are new forced marches, without bread, without water, under the blows of riding crops, new fatigue, ill treatments worthy of the slave merchants of the Sudan, and the victims all along the way of this abominable martyrdom.

Those who still have some money are exploited constantly by their guards who, under threat to send them further, extort little by little their last resources, and when these resources are exhausted, they just as easily act on these threats.

What I have seen and heard surpasses all imagination. To speak of “a thousand horrors” is too little in this case; I believed I was passing through a corner of hell. The few facts, which I will report, taken here and there on the fly, will give only a scant idea of the lamentable and terrifying picture. The same scenes are repeated in the various places that I travelled, everywhere it is the same governmental cruelty which aims at the systematic annihilation by hunger of the survivors of the Armenian nation in Turkey, everywhere the same bestial inhumanity on the part of the torturers and the same torments endured by the victims, all along the Euphrates, from Meskené to Der-el-Zor.

Meskené: By its geographical position on the borders of Syria and Mesopotamia, became the natural gathering point of the Armenian deportees arriving from the Vilayets of Anatolia and dispatched from there along the Euphrates. They arrived by the thousands, but the majority left their bones there. It is a sad and mournful impression that this immense and gloomy plain of Meskené leaves. Information collected on the spot allows me to confirm that around 60000 Armenians were buried there, taken by hunger, deprivations of all kinds, intestinal diseases and the typhus which resulted from it. Mounds as far as one can see contain 200 to 300 corpses buried there all mixed together, with women, children and old men belonging to different families.

Currently, approximately 4500 Armenians remain in place between the town of Meskené and the Euphrates. They are nothing but living ghosts. Their supervisors distribute a little bread to them parsimoniously and very irregularly. Sometimes 3 or 4 days pass during which these famished people, who do not have a piece of bread to live on, receive absolutely nothing. A sweeping dysentery has made many victims among them, especially among the children. The latter throw themselves voraciously on anything that falls into their hands: they eat grass, earth, and even their own excrement.

I have seen, under a tent of 5 to 6 square meters, around 450 orphans, crawling pell-mell in the dirt and the vermin. These poor small ones receive 150 grams of bread per day, sometimes even [less] and it is more often the case that they go two days without having anything to eat. Also death makes among them cruel devastations. This tent sheltered 450 victims during my stay. Eight days later, at the time of my return, intestinal diseases had taken 17 of them.

Abu Herrera: is a small locality north of Meskené at the edge of the Euphrates. It is completely desert. On a small hill 200 meters from the river, 240 Armenians can be found guarded by 2 gendarmes who, without pity, let them die of hunger in the most atrocious suffering. The scenes of which I was a witness exceed any horror. Close to the spot where the wagons stop, women, who did not see me arrive, searched in the horse droppings for grains of undigested barley to nourish themselves. I gave them a little bread. They threw themselves on it like dogs dying of hunger, greedily carried it to their mouth with gasps and epileptic tremors. Soon, informed by one of them, 240 people, rather let us say famished wolves, who had not eaten for 7 days, rushed towards me at the top of the hill, holding out their emaciated arms, imploring with tears and cries for a piece of bread. These were especially the women, children and a dozen old men.

On my return, I brought them bread and was for three-quarters of an hour a pitying spectator, but, unfortunately, impotent in the rapacious struggles all around for a piece of bread, such as only famished wild beasts can give a picture of it.

Hammam: is a small village where 1600 Armenians are grouped, always the same picture of hunger and horror. The men had been requisitioned for manoeuvers, navvies or road-menders; as wages they receive an indigestible and insufficient piece of bread to give them the strength necessary for their exhausting work.

In this place I met some families which still have money and which can be sustained poorly; but the majority sleep on the bare ground, without shelter, living on watermelons, the most unfortunate still satisfied to gnaw the rinds thrown away by others. Mortality is very high, especially among the children.

Rekka: a rather important city located on the left bank of the Euphrates; 5 to 6000 Armenians, especially women and children, are dispersed in the various districts of the city, and living in groups of 50 to 60 in the houses which the leniency of the governor procured for the poorest. One must recognize merit wherever one meets it; and what would be only strict duty in normal times on the part of an Ottoman civil servant towards Ottoman subjects, can pass for generosity and even heroism in the current circumstances.

In spite of the fact that at Rekka the Armenians are less molested than elsewhere, their misery is nevertheless alarming. Flour is distributed to them very irregularly by the authorities and in insufficient quantity; also one sees every day women and children at the doors of bakeries searching for a little flour and begging in the streets by the hundred for the charity of the inhabitants. Always the horrible spectre of famine. If one thinks that among this famished mob are found people having occupied high social positions, one can easily imagine the tortures, especially moral, which these unhappy people have undergone, yesterday rich and envied, today searching like the most miserable a dirty piece of bread.

On the right bank of the Euphrates, opposite Rekka, is found approximately a thousand famished Armenians, placed under tents and guarded by soldiers. They await being deported elsewhere, to fill undoubtedly the vacuum made by death in other camps. And how many of them will arrive at their destination!

Zierrat: is north of Rekka; approximately 1800 Armenians are camped there; more than others, they suffer from hunger, for Zierrat is completely desert. One sees there groups of men and children who wander at the edge of the river, seeking to alleviate their hunger with grass, and others who fall dead from starvation under the pitiless eyes of the guards, of which the chief, a barbarian man in the full sense of the term, forbids anyone to cross the boundaries of the camp without special permission, under penalty of a beating.

Sebga: small village where a group of 250 to 300 Armenians live as miserably and famished as the others.

Der-el-Zor: chief place of the independent Mutessarifate of the same name. A few months ago, 30000 Armenians were settled in a camp at the edge of the city, under the protection of the Governor Ali Suad Bey. Though I do not want to get into personalities, I nevertheless would not like to overlook the name of this man of courage, whose emigrants had only praise for him, and who had endeavoured to soften their ills. A certain number of them had even begun a small trade and would have been happy to remain in this town. This proves well that if the reason the State required, let us admit it, the mass deportation of the Armenians for the preventive settling of the Armenian Question (?), at least the authorities would have acted humanely as well as in the interest of the Ottoman Empire, by transplanting the Armenians into cities where they could be devoted to commerce or the exercise of their trade, or even by transporting them onto arable land, where the need for manual labor is felt terribly at this time. But if it is a question of removing the race to remove at the same time the Armenian Question, the goal would undoubtedly be attained.

It is always the case that the relative favour (!) which the Armenians enjoyed at Der-el-Zor was denounced in high places: the culprit Ali Suad Bey was transferred to Baghdad and was replaced by Zekki Bey, remarkable for his inhumanity and cruelty. I was told at Der-el-Zor of appalling things on account of the new Mutessarif. The prison, tortures, beatings, hangings were at the time the daily bread of the small town. Girls raped or delivered to Arabs of the surrounding villages, for their pleasure or their service, children drowned in the river; neither the weak, nor the innocent were spared.

The excellent Ali Suad Bey had collected close to a thousand orphans in a large house and provided regularly for their subsistence at the expense of the city; his successor threw them out for the most part, where they died in the streets like dogs, of hunger, and of all kinds of deprivations and maltreatment.

Much more, the 30000 Armenians which were at Der-el-Zor were pitilessly expelled along the Chabour, tributary of the Euphrates, that is to say in the most desert area of these regions, where it was absolutely impossible for them to find anything for their subsistence. According to information taken by me at Der-el-Zor, a great number have died already and the remainder will not be long in following them.

Conclusion: I estimate approximately 15000 Armenians scattered along the Euphrates between Meskené and Der-el-Zor while passing by Rekka. As I have already said, these wretched ones, abandoned, maltreated by the Administration, put in the impossible situation of providing for themselves, die little by little of hunger. Winter is approaching; the cold and the humidity will add to the ravages of their famine. The only practicable remedy would be to be able to bring them regularly the funds necessary to buy flour. They would be able to get it almost everywhere though expensively. Undoubtedly there are many obstacles to this sending of subsidies; the principal being the ill will of the Authorities; but one could nevertheless by roundabout means be able to send them financial aid which would be partitioned among the various groupings for an equitable distribution and sufficient for flour.

If this assistance does not materialize, that is it for all these wretched ones; if, on the contrary, it is sufficiently abundant, one can hope that many of them will be sustained until the coming peace, which will decide their fate.

I believe, Mister Consul, to have said enough about these forsaken wrecks of humanity so that immediate measures may be taken with a view to get help to them, and it is with the belief that my weak voice will be heard and bear fruit that I close my report to you by asking you to accept my sincere regards.


[A. Bernau]



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