1913-04-18-DE-001
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Quelle: DE/PA-AA/R 14078
Zentraljournal: 1913-A-08151
Erste Internetveröffentlichung: 2017 November
Edition: Armenische Reformen
Praesentatsdatum: 04/19/1913 p.m.
Zustand: A.
Letzte Änderung: 11/19/2017


Der Vorsitzende der Deutschen Orient-Mission (Johannes Lepsius) an den Unterstaatssekretär des Auswärtigen Amts (Zimmermann)

Privatschreiben


Potsdam, den 18. April 1913
Gr. Weinmeistrstr. 50

Hochgeehrter Herr Unterstaatssekretär!

Ich hatte die Ehre, im Januar von Ihnen zusammen mit Herrn Professor Thoumajan, dem Delegierten des armenischen Comités in London, empfangen zu werden. Am 26. ds Mts wird in London eine Konferenz der Delegierten der armenischen Comités von London, Paris und Genf stattfinden, zu der ich als Vertreter des hiesigen Comités eingeladen worden bin. Es würde mir von Wert sein, vor dem Besuch der Konferenz mich über die Anschauungen des Auswärtigen Amtes in bezug auf die Durchführbarkeit der armenischen Reformen zu unterrichten, und ich bitte Sie, mir hierzu eine Audienz bei dem Herrn Staatssekretär Excellenz von Jagow erwirken zu wollen.

Ich füge einige Schriftstücke bei, die mir von der Délégation nationale arménienne in Paris zugegangen sind, und die vielleicht für Sie von Interesse sein dürften.


Mit ausgezeichneter Hochachtung ergebenst
Dr. Johannes Lepsius

Anlage 1


Aus "Der christliche Orient und die Muhammedaner-Mission" – Monatsschrift der deutschen Orient-Mission; 14. Jahrgang; Heft 3/4; März/April 1913; Seiten 37-72.

Anlage 2

La situation des Arméniens en Turquie; exposée par des documents; 1908-1912; II. (Drucksache]

Anlage 3


Lettre de démission de S. B. Mgr. Archarouni à l'Assemblée Nationale Arménienne.

Dès le premier jour où le Conseil administratif national est entré en fonctions, il a eu à s'occuper de la vieille question des exactions et avanies subies en province. L'horrible tragédie d'Adana l'avait ravivée et développée sous ses formes multiples, tout comme sous le régime despotique dont la chute, coïncidant avec la proclamation de la Constitution, avait fait naître, dans les provinces habitées par les Arméniens, de si ardentes espérances de voir enfin reconnu ce triple et inviolable droit de l'humanité: la garantie de la vie, des biens, de l'honneur, droit auquel est liée la liberté du travail et du progrès.

Cette question avait déjà attiré l'attention du Conseil précédent qui, à différentes reprises, présenta au gouvernement impérial des takrirs pour lui exposer la situation et solliciter spécialement la prise en considération et le règlement de l'affaire des terrains dont la confiscation avait privé la population agricole de son unique moyen d'existence.

A la suite des plaintes continuelles et des appels désespérés arrivés des provinces, le Conseil actuel a fait, à son tour, auprès de la Sublime Porte, plusieurs démarches infructueuses, après quoi, conformément à l'invitation de votre honorable Assemblée, il s'est empressé de présenter au gouvernement impérial, en date du 14 fév­rier 1912, un mémoire détaillé dans lequel il a exposé un à un les crimes, vexations, usurpations, conversions forcées - même à l'égard de mineures - et enfin, les violences de toute sorte ainsi que les injustices officielles et les abus dont est victime la population arménienne qui a été, dans l'Empire, un des éléments importants du progrès et de la civilisation et même leur agent et qui, en dépit de cela, est persécutée et martyrisée par des éléments qui sont des agents de destruction dans le pays dont ils menacent l'avenir, en même temps qu'ils lèsent les intérêts suprêmes de l'État.

Cette fois, les promesses du gouvernement avaient un caractère plus positif. Il s'agissait de l'envoi, sur les lieux, d'une commission avec pleins pouvoirs d'enquêter et de rendre justice; de l'affectation, à ce but, des crédits nécessaires, ainsi que de l'expédition de forces militaires pour réprimer les agissements des criminels.

Mais aucune de ces promesses n'a pu se réaliser, malgré nos démarches incessantes, et bientôt la situation est devenue telle, que de Van, Ahtamar, Bitlis, Mouche, Sghert ont commencé à arriver des dépêches annonçant de nouveaux crimes et plus de 30 victimes arméniennes.

Nous sommes, soit personnellement, soit par l'entremise d'une délégation, entrés, au sujet de cet état de choses, en pourparlers avec tous les ministres dont aucun n'a contesté la justice de nos demandes.

Le grand-vézir qui, grâce à ses précédents passages aux affaires connaissait à fond les choses de province, nous assura que, cette fois, le gouvernement impérial était bien décidé à introduire des ré­formes fondamentales dans les vilayets et à arrêter et châtier les scélérats qui sont, a dit Son Altesse, le fléau du pays.

De son côté, le ministre de la guerre déclara qu'ayant été mis au courant des faits par le gouverneur militaire de Van, il avait transmis les ordres nécessaires, en vue de l'adoption de mesures militaires contre les coupables.

Nous sommes malheureusement forcés d'avouer avec douleur que de Van, Bitlis, Sghert, ont afflué des dépêches où l'on nous annonçait qu'aucune mesure n'avait été appliquée, que l'état des choses continuait à être le même et que la population vivait dans les transes de la terreur.

Telle était la situation, lorsqu'a paru un communiqué officiel, essai de réfutation des faits incriminés, basé sur les rapports des gouverneurs-généraux de Van et de Bitlis.

A notre tour, nous avons réfuté ledit communiqué, par un takrir spécial où nous avons eu soin de mentionner, un à un, les faits, ainsi que les noms des victimes.

La négation des vérités les plus évidentes - que les fonctionnaires provinciaux se plaisent à altérer - est un legs de l'ancien régime. Si elle peut parfois servir à voiler la plaie, elle est propre surtout a l'envenimer.

Devant une pareille situation - alors que la nation s'attendait à des mesures immédiates et sérieuses susceptibles de remédier au mal -, le recours, par l'autorité, au moyen précité a été un fait des plus affligeants et qui a inspiré de tristes réflexions quant à la sin­cérité des intentions des cercles officiels.

En effet, ce matin même, nous sont arrivées, des diocèses de Bitlis et de Mouche, des dépêches nous apprenant l'assassinat de deux de nos nationaux et la disparition d'un troisième. Elles ajoutent que les crimes continuent sans trêve.

Quant à l'évêque de Diarbékir, il annonce, aujourd'hui, le meurtre, en public, de Kazazian Artin effendi, notable arménien de l'endroit, et nous informe que le mufti de Slivan a, dans son ser­mon du Baïram, employé un langage agressif à l'égard des chrétiens et notamment des Arméniens; que les esprits sont surexcités et qu'il considère comme probable la perpétration de nouveaux méfaits.

Tel est l'état actuel des choses, bien que les gouverneurs-gé­néraux de Van et de Bitlis récemment nommés nous aient personnellement visité; qu'ils nous aient renouvelé les promesses des mi­nistres et aient reconnu que les exactions susdites sont intolérables pour la nation arménienne, grosses de périls pour le pays, et qu'ils nous aient réitéré l'assurance que les mesures nécessaires seront prises en vue d'extirper le mal.

Sa Sainteté le Catholicos de tous les Arméniens, informé des souffrances de son troupeau et profondément affecté, nous avait demandé de le renseigner sans retard sur la situation.

Après avoir répondu immédiatement au télégramme de Sa Sainteté, nous nous sommes empressés de lui exposer l'état lamen­table des choses et de l'assurer en même temps qu'à l'instar de nos devanciers, nous n'avons pas failli à notre devoir et n'avons jamais cessé de travailler pour obtenir un adoucissement au sort de la nation

Mais comme, en sa qualité de père de tous les Arméniens, Sa Sainteté exige de nous d'assurer la tranquillité de son troupeau et que, désormais, nos moyens sont insuffisants pour amener ce ré­sultat; comme, d'autre part, Sa Sainteté, par la haute position qu'elle occupe, ses relations officielles et son jugement éclairé de la situation générale, est pleinement en mesure d'indiquer la ligne de conduite propre à mener à une issue favorable et à déjouer le plan implacable qui tend à l'anéantissement de la nation, nous avons prié Sa Sainteté de bien vouloir nous donner ses instructions.

Or, considérant que, depuis le 12 juillet de l'année courante, des crimes sont continuellement commis dans les vilayets habités par les Arméniens et que nos nombreuses démarches et supplications sont restées infructueuses; que les criminels ne sont pas arrêtés et punis; qu'ils trouvent, au contraire, dans l'indifférence - pour ne pas dire dans l'approbation secrète et la complicité des fonction­naires locaux - un encouragement à commettre, en se mettant à la tête de la multitude féroce, de nouveaux méfaits.

Considérant que la population arménienne se trouve, sans armes et sans protection, devant des bandits armés, exposée à la fureur sauvage de ces fanatiques altérés de massacres et impatients de se livrer à leurs anciennes rapines;

Considérant que cette situation pénible engage notre respon­sabilité devant la nation, devant votre Honorable Assemblée et de­vant notre chef spirituel suprême, le Catholicos de tous les Armé­niens;

Considérant aussi que tous nos nationaux dissiminés dans toutes les parties du monde font entendre des protestations; que l'é­motion grandit et que la situation devient de plus en plus délicate et grave, nous éprouvons comme un remords de conscience à occuper plus longtemps le trône patriarcal, alors qu'il ne nous est plus pos­sible de remplir le devoir le plus essentiel de notre charge. Nous venons, en conséquence, présenter notre démission à votre hono­rable Assemblée, et en sa qualité de corps représentant des Armé­niens de Turquie, attirer sa sérieuse attention sur la situation ac­tuelle à la fois douloureuse et menaçante.

En appelant l'aide de la Providence sur notre nation martyre, et en priant le Tout-Puissant d'accorder à votre Assemblée la force et l'énergie, de faciliter sa tâche lourde et amère et de la rendre féconde, nous avons l'honneur d'être, etc.,


Arch. OHANNÈS ARCHAROUNI
Patriarche démissionnaire des Arméniens de Turquie.

Anlage 4

3 Mars 1913.
Les reformes arméniennes et les intérêts allemand en Asie-Mineur.

L'article 61 du Traité de Berlin stipulait que les Réformes seraient exécutées dans les provinces habitées par des Arméniens, sans énumération de ces provinces. Le Memorandum de 1895 a été plus précis: il a prévu la réalisation des Réformes dans les six vilayets d'Erzeroum, Bitlis, Van, Siwas, Mamouret-ul-Aziz et Diarbékir et il a restreint l'application de ces Réformes à quelques localités, dans les autres vilayets habités par des Arméniens.

Or, il ne semble pas équitable de s'en tenir à cette restriction et à des Réformes partielles pour la Petite-Arménie (Cilicie), qui se trouve, il est vrai, séparée géographiquement des six vilayets de la GrandeArménie, mais qui n'en constitue pas moins un centre arménien très important, ayant autant de titres à la protection des Puissances que les autres vilayets de l'Est. S'il paraît naturel que les Réformes soient établies dans les six vilayets, limitrophes de la Russie et situés à proximité de son action, avec une place dans le contrôle des Puissances pour le délégué russe, il semble non moins admissible qu'un rôle identique soit réservé à un délégué allemand pour une pleine application des Réformes dans la Cilicie, où se trouve la tête de ligne du chemin de fer de Bagdad sur la Méditerranée. Personne, en effet, ne saurait contester l'importance des intérêts que possède l'Allemagne dans la région de la Petite Arménie. Elle est tout aussi fondée à y réclamer des Réformes et la prépondérance pour l'exécution de ces Réformes, que la France est autorisée à le faire au Liban. L'Allemagne a le droit de rechercher en Cilicie les éléments de sécurité et de progrès économique dont elle a besoin pour l'exploitation de la Bagdad-Bahn. Nos éléments résident, on ne peut en douter, dans la Réforme Arménienne. Ce sont les Arméniens qui peuvent apporter au chemin de fer de Bagdad le meilleur concours de main d'oeuvre, la meilleure clientèle, la meilleure aide financière. C'est Mersina, port arménien par excellence, qui peut devenir, pour la Bagdad-Bahn, le véritable centre du trafic, à la tête de ce Delta de la Petite-Arménie, qui ne peut manquer de former une admirable cottonnière. De même, sur le parcours du Bagdad, les Allemands se trouveront partout en face des Arméniens, qui forment, sur ce trajet, l'élément le plus actif et le plus industrieux de la population, ayant en mains le commerce local et le trafic international.

Accomplir la Réforme Arménienne, ce serait donc pour l'Allemagne acquérir tout ce qui précisément lui est nécessaire pour une exploitation avantageuse de la BagdadBahn et ce serait pour elle obtenir la possibilité d'une pénétration pacifique le long du Bagdad, en s'attachant étroitement la population arménienne qui devrait, à des Réformes bien contrôlées, sa sécurité et son relèvement économique.


Anlage 5
22 Mars 1913
Les réformes arméniennes et l'intégrité de la Turquie d'Asie.

Le sort de la Turquie d'Europe étant sur le point d'être réglé, la Question d'Orient va se trouver transporté en Turquie d'Asie. Les Puissances paraissent être d'accord sur une politique de maintien de l'intégrité de l'Empire ottoman en Asie; or, pour que le maintien de cette intégrité soit possible, il faut écarter de la Turquie d'Asie toute cause de trouble et permettre au pays de se développer et de prospérer sous une bonne administration, ce qui n'est possible que par l'application de réformes correspondant aux besoins locaux.

Le Gouvernement ottoman l'a compris: il étudie actuellement (Mars 1913) un Projet de Réformes qui ne s'étendrait plus seulement comme celui de décembre 1912 [Voir la Note précédant de la Délégation du 26 Février 1912: "l'Art. 61 du Traité de Berlin et les revendications arméniennes": p.3.] aux Provinces Arméniennes, mais encore à la Turquie d'Asie tout entière. C'est un plan qui paraît trop vaste pour être du domaine d'une réalité prochaine. La Porte, décrétant les Réformes de sa propre initiative, cherche dans sa décision spontanée, une possibilité de se soustraire au contrôle européen qui, seul, cependant, assurera une réalisation efficace des Réformes. On ne voit pas, en effet, par quels moyens on pourrait imposer à la Porte un Contrôle de Réformes embrassant tout l'Empire. Mais, quels que soient ses projets, la Porte ne peut pas faire table rase de l'art. 61 du Traité de Berlin; elle ne peut pas empêcher que les Puissances ne soient en droit d'exiger le Contrôle pour une partie de l'Empire: les Provinces Arméniennes, où elle s'est engagée envers les puissances, à exécuter des Réformes sous leur surveillance.

Il est de l'intérêt de l'Europe de réclamer de la Turquie la mise en application immédiate de ces Réformes. Les Provinces Arméniennes n'ont pas cessé d'être en proie à un désordre anarchique qui pèse, depuis trop longtemps, sur la population et qui l'exaspere aujourd'hui à im tel point qu'il est impossible, sans péril, de la laisser persister. Les réformes auraient pour premier résultat de rétablir l'ordre et la sécurité des personnes et des bien, et de provoquer un développement de prospérité économique, dont la Porte, la première, ressentirait les effets bienfaisants, ce qui la pousserait, sans doute, à étendre l'expérience dans d'autres provinces de son Empire. Au point de vue de l'Europe, l'effet parait double. Par l'amélioration de l'état économique de la Turquie d'Asie, les intérêts financiers de l'Europe, créancière de l'Empire ottoman, se trouveraient entourés de plus de garanties; par le rétablissement de l'ordre et par la suppression de toutes chances de mécontentement et de troubles, le maintien de l'intégrité territoriale, c'est à dire le principe sur lequel s'appuie la politique des Puissances, se trouverait assuré tout aussi bien du dedans que du dehors.

Les Réformes s'imposent donc à l'Europe tant au point de vue politique qu'au point de vue économique et financier. Elles s'imposent pour les Provinces Arméniennes, puisque l'art. 61 du Traité de Berlin donne aux Puissance le droit de les exiger, et parce que cette partie de l'Empire est à bout, et qu'il est très sérieusement à craindre que l'inexécution des promesses depuis si longtemps éludées, n'entraîne quelque événement qui mettrait en question l'intégrité de la Turquie d'Asie. C'est là un danger permanent que, seule, parviendra à éliminer la mise à exécution des Réformes. La Délégation supplie les Puissances de considérer que tout retard ne pourrait qu'aggraver le péril et que nulle autre occasion plus favorable ne se présentera pour l'Europe d'exiger l'application des Réformes Arméniennes.

Nous touchons à la fin du conflit turco-balkanique; la signature de la paix, qui ne pourra être conclue qu'avec le concours des Puissances, devra être immédiatement suivi du règlement des questions politiques, économiques et financières intéressant le régime future de la Turquie d'Asie. Pour ce règlement, pas plus que pour la conclusion de la Paix, la Porte ne pourra se passer des Puissances, et celles ci auront alors toute faculté d'imposer, pour le sauvegarde de leurs intérêts, des garanties, c'est à dire des Réformes, et parmi ces Réformes, celles des Provinces Arméniennes, qui sont les plus urgentes, les plus immédiatement réalisables et celles dont les Puissances, ainsi qu'il est montré dans cet exposé, ont le droit incontestable d'exiger et de contrôler l'application.


Anlage 6

Paris, le 31 Mars 1913.
12 Avenue du Trocadéro
Confidentielle
Monsieur le Docteur J. Lepsius,
45 Große Weisterstrasse
Potzdam.
Monsieur le Docteur,

Je connais par notre ami commun, le professeur Toumaian et, du reste, par votre œuvre passée, toute la sympathie que vous voulez bien accorder à mes malheureux compatriotes d'Arménie et je tiens, en qualité de président de la Délégation Arménienne, à vous exprimer avant tout notre vive reconnaissance pour le généreux concours que vous voulez bien nous prêter.

Je me sens ainsi encouragé à vous donner aujourd'hui quelques explications qui pourront être utiles à la défense de notre cause.

Vous connaissez notre situation actuelle; vous savez qu'une Délégation a été nommée par le Catholicos avec mission de demander l'application des Réformes que la Porte s'est engagée par l'art. 61 du Traité de Berlin, à exécuter en Arménie sous la surveillance des Puissances. Nous ne demandons rien d'autre que l'exécution de ces Réformes au sujet desquelles un Projet avait été élaboré par les Ambassadeurs en 1895 et présenté à la Porte qui l'avait accepté avec quelques modifications. Ce Projet a été repris par la Délégation qui, avec le concours du Patriarche de Constantinople, est en train de le mettre au point pour tenir compte des circonstances nouvelles et du temps qui s'est écoulé depuis sa rédaction.

Nous sommes unanimes à considérer que l'application de ces Réformes peut seule écarter de l'Arménie les dangers d'une annexion dont aucun Arménien ne veut, à condition qu'il trouve, sous le régime turc, la sécurité de la vie et des biens qu'il est en droit de réclamer. Les Arméniens ne veulent pas davantage d'une indépendance ou d'une autonomie qui ne sont qu'une utopie dans la situation géographique et ethnographique de leur pays et qui aboutiraient tôt ou tard à une annexion.

Il est donc logique pour eux de demander les Réformes qui, mettant fin à l'état d'anarchie et aux persécutions dont ils sont les victimes, leur permettraient de vivre heureux et tranquilles et supprimeraient tout cause de troubles et par conséquent d'intervention étrangère. Il n'est pas douteux, d'autre part, que les Réformes seraient le facteur le plus efficace du maintien de l'intégrité territoriale de l'Asie Mineure que est devenu aujourd'hui la base de la politique des Puissances et en particulier de l'Allemagne (Déclaration de M. de Wangenheim). J'ajouterai que si la situation actuelle d'injustice et d'insécurité devait durer en Arménie, des troubles ne manqueraient pas de se produire tôt ou tard et provoqueraient une intervention étrangère, qui compromettrait le status quo et obligerait les Puissances à agir. Les Arméniens en seraient les premières victimes, car il souhaitent ardemment de rester des sujets ottomans pourvu qu'ils vivent sous une administration honnête et juste, ce qui, en Turquie, n'est possible qu'avec un contrôle européen.

Pour répondre à certaines allégations aussi intéressées qu'erronées, je tiens d'ailleurs à bien établir ici que les Réformes que nous demandons ne sont nullement dirigées contre les populations musulmanes qui devront en profiter comme les Arméniens eux-mêmes. La première conséquence des Réformes qui sont, je tiens à l'affirmer, d'ordre purement administratif et non politique, serait d'établir l'ordre, la sécurité et le développement économique aussi bien au profit des uns que des autres. La Délégation ne comprendrait pas qu'on lui attribuât des vues hostiles contre le Gouvernement Ottoman car elle est convaincue que les Réformes ne peuvent pas se faire contre la volonté de la Sublime Porte mais avec son concours, et elle ne désespère pas de lui faire comprendre qu'il y va de son intérêt de les réaliser. Non seulement ainsi, l'Empire Ottoman trouverait son avantage, dans la prospérité des Provinces Arméniennes, mais encore il écarterait de lui la plus grave menace contre l'intégrité de l'AsieMineure que la Porte demande aujourd'hui aux Puissances de lui garantir.

Les Gouvernements Turcs qui se sont succédés, aussi bien le Gouvernement Kiamil Pascha que le Ministère Jeune Turc actuel, ont compris l'importance des Réformes pour le maintien de l'intégrité de leur Empire Asiatique; ils ont senti que des garanties d'ordre de paix intérieure peuvent seules la leur assurer et ils sont décidés à réaliser des Réformes en Arménie. Le projet préparé par Kiamil Pascha contenait même les bases d'une entente possible; il ne lui manquait que le contrôle européen, la surveillance stipulée dans l'art. 61 du Traité de Berlin, que le Gouvernement Ottoman cherche à éluder. Or il n'est pas douteux que toute Réforme sans contrôle ne donnerait qu'une solution bâtarde, précaire, et serait exposée à rester inefficace ou à être même abolie par quelque changement de gouvernement ou de politique ottomane, sans que les Puissances, si même elles pouvaient alors rester d'accord, pussent l'empêcher. Mais nous ne pouvons douter que si les Puissances, qui sont en droit d'exiger le contrôle insistent aujourd'hui, en montrant bien à la Porte qu'il y va de son propre intérêt, que c'est là le seul moyen sûr d'éviter que l'intégrité de son territoire ne soit jamais remise en question, le Gouvernement Ottoman aurait la clairvoyance de le comprendre et accepterait les Réformes avec contrôle.

Si l'on envisage enfin cette question des Réformes au point de vue spécial de la politique allemande qui, me semble être orientée actuellement vers l'intégrité territoriale de l'Asie Mineure, vers le maintien de ses bons rapports avec la Turquie, et vers le développement de son influence dans la région de l'Asie-Mineure où l'Allemagne possède des intérêts très importants, les explication qui viennent d'être données montrent que l'application des Réformes ne peut que servir, très utilement, cette politique.

En ce qui concerne particulièrement l'effet des Réformes sur les intérêts économiques allemands, je me permet de vous remettre, à titre confidentiel, une extrait d'une note où cette question avait été développé par moi et que j'ai remise le mois dernier à M. le Baron de Schön qui l'a transmise au Ministère à Berlin. Je joins à ce document deux autres notes, toujours à titre confidentiel, dans lesquelles j'ai essayé de résumer aussi brièvement que possible le but poursuivi par la Délégation.

Je me plais à espérer que ces document et les explications que je me suis permit de vous donner vous permettront d'établir en Allemagne que le Gouvernement de Sa Majesté Impériale peut nous accorder son appui sans s'écarter de sa politique amicale envers la Turquie et en servant ses propres intérêts, tant au point de vue du développement de son influence et de sa pénétration économique en Asie Mineure, qu'au point de vue de la garantie du maintien de l'intégrité territoriale de la Turquie d'Asie, que les Réformes assuraient en écartant tout prétexte futur à des complications et à des interventions étrangères.

Je m'excuse, Monsieur le Docteur, de cette longue lettre et tout en vous remerciant à nouveaux au nom des Arméniens opprimés, dont si noblement vous vous fait le défenseur, je vous prie d'agréer l'expression de ma très haute considération.


Boghos Nubar

P.S. La Délégation ayant décidé de ne faire elle-même aucune publication avant d'avoir saisi officiellement les Puissances de son Projet de Réformes, je vous serai obligé de vouloir bien considérer cette lettre et ses annexes, comme confidentielles et, si vous avez occasion de faire un usage public des informations qu'elles contiennent, de ne pas mentionner que vous les tenez de moi ou de la Délégation.


Anlage 7
27 Février 1913
L'Art. 61 du Traité de Berlin & Les Revendications Arméniennes.

A l'occasion des négociations actuellement engagées sur la question d'Orient, une Délégation Arménienne a été nommé par S. S. le Catholicos Kévork V, Patriarche et Chef suprême de tous les Arméniens, avec mission de demander aux Puissances la mise à exécution des engagements pris dans l'article 61 du Traité de Berlin. Cet article qui remplace l'article 16 du Traité de San Stefano, est ainsi conçu:

"La Sublime Porte s'engage à réaliser sans plus de retard les améliorations et les réformes qu'exigent les besoins locaux dans les Provinces habitées par les Arméniens, et à garantir leur sécurité contre les Circassiens et les Kurdes. Elle donnera connaissance périodiquement des mesures prises à cet effet aux Puissances, qui en surveilleront l'application."

Il existe entre cet article 61 et l'article 16 du Traité de San Stefano une différence, qu'il est bon de rappeler pour donner à l'article 61 toute sa signification. Les deux articles ont exigé des Réformes, mais tandis que l'article 16 déclarait que les territoires arméniens, occupés alors par l'armée russe, ne seraient pas évacués tant que les Réformes ne seraient pas accomplies, l'article 61 substitua à cette pression effective la surveillance collective des Puissances. Il ne pouvait en être autrement, car l'évacuation devait immédiatement suivre la signature du Traité de Berlin.

L'article 61 est resté lettre morte depuis 34 ans; les Puissances n'ont pas eu à surveiller l'exécution de Réformes en faveur des Arméniens, car la Sublime Porte n'en a réalisé aucune. Le 11 Mai 1895 après les premiers massacres du Sassoun, les Ambassadeurs d'Angleterre, de France et de Russie élaborèrent, à Constantinople, un Memorandum avec un Projet complet de Réformes, qui fut approuvé par les trois autres Puissances signataires du Traité de Berlin, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie [Voir livre jaune 1897, affaires arméniennes] et qui fut accepté, avec quelques modifications, par la Sublime Porte. Malgré cette acceptation et bien qu'elle ait été suivie d'un Iradé du Sultan [Iradé du 20 Octobre 1895.], le Projet de 1895 ne fut point appliqué. Il ne fut plus question de Réformes et les persécutions continuèrent. Des hécatombes inoubliables firent jusqu'en 1896 plus de 300000 victimes.

A l'avènement du Gouvernement Constitutionel, en 1908, les Arméniens virent dans son programme libéral une porte de salut et ils prêtèrent au nouveau régime leur concours le plus dévoué. En réponse à leur loyalisme, 30000 Arméniens furent massacrés dans la Province d'Adana.

La situation actuelle des Arméniens de Turquie n'est plus soutenable. Si, depuis quelques mois, ils ont échappé aux massacres en masse, ils ont été constamment exposés aux brigandages des tribus nomades et ils ont subi sans relâche des persécutions de toutes sortes et des spoliations et usurpations méthodiques de leurs biens, qui ont été la cause de ruines sans nombre. Les Arméniens se trouvent aujourd'hui menacé à tout instant de perdre leurs patrimoines et cette éventualité est, pour eux, d'autant plus douloureuse qu'elle s'ajoute à l'insécurité de leur vie et de leur honneur. Nous n'avons pas besoin d'insister sur cette situation périlleuse aussi bien pour les Puissances et pour la Turquie que pour les Arméniens; nous nous permettons de rappeler seulement que la guerre des Balkans a été déchaîné par l'inexécution des Réformes stipulées dans l'article 23 de ce même Traité de Berlin, dont l'Arménie n'a cessé d'invoquer vainement l'article 61.

La Délégation Arménienne espère donc que les Puissances voudront bien reprendre leur projet de Réformes du 11 Mai 1895 et le faire entrer en application, tel qu'il a été conçu par Elles, mais avec des modifications et des remaniements indispensables. Il y a des articles qui, depuis 17 ans et par suite de la promulgation de la constitution ottomane, sont devenues caducs et d'autres qui doivent être nécessairement adaptés aux circonstances nouvelles. La délégation a rédigé un Projet dans lequel elle s'est imposé de suivre l'esprit et même le texte du Memorandum de 1895, mais dans lequel aussi elle a introduit les quelques modifications dont il vient d'être parlé et qui lui étaient inspirées surtout par les règlements dont l'utilité avait été reconnue par les Puissances et par la Porte, lors de l'établissement des Réformes en Macédoine, de 1904 à 1908. Du reste en Décembre dernier, le Gouvernement Ottoman comprenant l'importance des Réformes Arméniennes pour assurer le maintien de l'intégrité territoriale de son Empire Asiatique, a préparé un nouveau Projet de Réformes, dans lequel il supprime le contrôle des Puissances et par cela même toute garantie de durée et d'efficacité. La Délégation ne peut, sur ce point, que s'en remettre aux Puissance, persuadée qu'une vive pression diplomatique ferait reconnaître à la Sublime Porte, plus efficacement qu'en 1895, la nécessité, devenue de jour en jour plus impérieuse, du contrôle prévu par l'article 61 du Traité de Berlin.


Anlage 8

Notes sur la situation actuelle en Cicilie.


La situation a pris depuis quelques mois un caractère assez inquiétant en Cilicie. Les rapport entre les éléments musulmans et chrétiens sont tendus. Parmi les musulmans, nombreux sont ceux qui ne peuvent qu'à reprendre les massacres qui, en 1909, ensanglantèrent le vilayet d'Adana. Les autorités se comportent toujours avec leur partialité habituelle; elles sont d'une indulgence absolue envers les musulmans et les méfaits commis par eux, et d'une méfiance, d'une sévérité injustifiées et irritante à l'égard des Arméniens. Le pays se trouve dans un état d'anarchie déplorable. Des bandes de brigands musulmans le ravagent en tout sens, et nul de ces brigands n'est puni, ni même inquiété. Les enlèvement de femmes et de jeunes filles arménienne, leur conversion forcée à l'Islam, deviennent de plus en plus fréquents en Cilicie - comme du reste, dans toutes les provinces arméniennes - et sont encouragés, favorisés par les autorités. D'après une loi ou coutume turque, tout musulman ayant enlevé et converti à l'islam une chrétienne est exempté de son devoir militaire en temps de guerre; et nombreux sont les musulmans qui profitent actuellement de cette loi. Tout récemment encore - pour donner un exemple entre cent - une jeune Arménienne de quinze ans, nommée Loussapèr a été enlevée à Kiliss (Cilicie) par Salih effendi, notable musulman, et conduite à Alep, elle reste jusqu'à présent enfermée chez le mufti d'Alep, malgré toutes les démarches et protestations de ses parents et des autorités religieuses arméniennes de Cilicie. Il arrive même que les Turcs enlèvent et convertissent à l'Islam les femmes des Arméniens qui comme soldats se trouvent actuellement sur le champ de bataille. Ce fait révoltant s'est produit plus d'une fois en Cilicie et dans la Grande Arménie.

Un certain nombre d'Arméniens de Zeitoun et de Hadjin ont refusé d'aller à la guerre et se sont enfuis dans les montagnes, embrassant, pour vivre, la carrière des bandits musulmans. Ce ne sont là que des exceptions; ces déserteurs n'ont été ni encouragés ni soutenus par la population arménienne; l'immense majorité des Arméniens a fait loyalement son devoir militaire. Or, le Gouvernement a grossi cette affaire, et a voulu voir dans l'attitude individuelle de cette poignée d'Arméniens tout un plan subversif, et il a envoyé, il y a déjà plusieurs mois, de nombreuses troupes avec canons et munitions en grands quantité à Zeitoun, à Hadjin et dans d'autres localités de Cilicie.

La présence de toutes ces forces armées a surexcité encore davantage la fanatisme des musulmans et leur haine contre les Arméniens. Il ne se passe pas de jour sans qu'il y ait des Arméniens maltraités ou assassinés, des maisons incendiées ou dévalisées, des voyageurs pillés, des femmes enlevées, etc.. Voici, entre autres, quelques faits, d'après des lettres et des dépêches adressées de Cilicie au Patriarcat:

Sis, 24 Décembre 1912.

Des troupes envoyées à Gaban, Chiveldjik, Bandouk, Sou-Tchati, Téker, molestent de façon terrible les infortunés vilageois arméniens, sous prétexte qu'ils donnent asile aux fugitifs de Zeitoun; tandis que la bande du chef de brigands Chirin-Hassan infeste la région de Chivilik, et n'est l'objet d'aucune poursuite.

Sis, 23 Janvier 1913.

Le commandant de la gendarmerie de Cozan ayant, sans motif, pénétré hier soir à 6 heures dans la maison d'Arménak Martayan, l'arrête de force et l'emprisonne. La même muit, à 11 heures, Arménak est conduit à l'étage supérieure du local du Gouvernement, où on lui attache les pieds avec la lanière d'un fusil Hauser, après quoi il es battu à mort avec un gourdin, et laissé évanoui dans la cour du local du Gouvernement.

A l'aube, un agent de police et un gardien l'aperçoivent et l'emportent chez lui dans un état désespéré.

Aintab, 7 Janvier 1913.

Par suite d'une recrudescence des persécutions dans les jours de fête de Noël, les maisons n'ont pu être visitées par les curés pour l'accomplissement des devoirs religieux; nos démarches auprès du gouvernement local sont restées sans résultat.

Baghtché, 6 Janvier 1913.

Quelques brigands avaient dernièrement pénétré dans les maisons d'Assadour et d'Agop et s'étaient enfuis après avoir violenté leurs femmes: Jusqu'ici le caïmacam ne les a pas arrêté. Ce caïmacam excite les musulmans contre les chrétiens. L'audace des brigands va en croissant. Ils commettent de nombreux méfaits.

La vie de la population arménienne de notre district (800 maisons) est en danger.

Dernièrement, une rencontre a eu lieu à Hadjin entre les troupes et quelques déserteurs arméniens. Ceux-ci, se voyant en danger, ont pénétré de force dans la maison de Terzian et dans l'orphelinat arménien, pour s'y réfugier. Les troupes ont assiégé ces bâtiments, et au lieu d'y entrer et arrêter les déserteurs, ils ont mis le feu et incendié l'orphelinat, la maison de Terzian et les fabriques de tapis et de bas.

"Toutes ces bâtisses, dit une dépêche, sont devenues la proie des flammes. Les dommages sont très importants; pertes de la fabrique de tapis: 500 L. T.; pertes de la fabrique de bas: 500 L. T.; pertes de l'orphelinat: 500 L. T.; pertes des institutrices: 250 L. T.; pertes de la maison de Terzian 3500 L. T.; Total: 4750 L. T.

Les veuves travaillant dans ces fabriques sont actuellement sans travail, les orphelins sans abri et sans nourriture."

Voici quelques fragments d'une lettre adressée d'Adana au journal Maschak de Tiflis et parue dans le numéro du 6 Mars de ce journal.

"La situation est très tendue en Cilicie. Le Gouvernement fait tout pour faire vivre dans la terreur les Arméniens des régions montagneuses de Cilicie.

"La question de quelques déserteurs de Zeitoun et de Hadjin est devenue la prétexte qu'exploitent les autorités pour persécuter et terroriser, depuis six mois, nos compatriotes du Taurus.

"N'y-a-t-il donc que ces quelques déserteurs pour troubler l'ordre et la tranquillité de ce malheureux pays? N'y atil pas des déserteurs musulmans, et des brigands, des bandes de malfaiteurs musulmans, mille fois plus nuisibles et dangereux que ces déserteurs arméniens?

"Le gouvernement qui montre une impuissance voulue contre les chefs des brigands kurdes qui ravagent l'Arménie depuis des années, on peut dire depuis des siècles, et qui jusqu'ici n'a employé contre eux que l'arme unique de l'amnistie de des décoration, ne sait plus à quels moyens recourir pour opprimer et persécuter les Arméniens du Taurus sous le prétexte de poursuivre quelques déserteurs.

"...Il ne faut pas oublier que nous nous trouvons en Turquie, où abondent les éléments fanatiques et sanguinaires, le pays classique des massacres, où chaque acte du gouvernement est mal interprété par ces éléments; le moindre geste du gouvernement a son écho exagéré et périlleux dans les populations musulmanes, suscitant des incidents grands et petits qui peuvent provoquer des catastrophes irréparables.

"En outre des troupes assez nombreuses, le gouvernement a envoyé à Hadjin plus de 500 gendarmes chassés de la Macédoine perdue, toujours sous le prétexte de poursuivre les déserteurs arméniens. Ces gendarmes étant installés au coin de chaque rue de notre ville pleine de veuves et de malheureux, en peut se figurer quels incidents sinistres et monstrueux en résultent, troublant la vie patriarcale de la famille arménienne, souillant l'honneur de ces foyers.

"Et dans des conditions pareilles de tension, on peut prévoir à quel incendie peut donner naissance la moindre étincelle.

"Où étaient-elles, les troupes du gouvernement, quand les pauvres muletiers arméniens allant de Sis à Hadjin étaient hier encore assassinés en route, quand on tuait une famille rentrant à Hadjin, quand on a enlevé K. Hampartjoum Rédjébian, le chef de la communauté arménienne protestante? Ces sévérités n'exixtent-elles donc que pour les malfaiteurs arméniens?

"N'est-ce pas la même situation qui règne à Zeitoun et dans les alentours? Il y a quelques années, lorsqu'on a détruit les canons que le sultan Abdul-Hamid y avait installés, nous avons eu un moment la naïveté de penser que le nouveau gouvernement n'avait plus les dispositions soupçonneuses et malveillantes de l'ancien. Mais le nouveau gouvernement a fait transporter à Zeitoun des canons neufs et plus légers; nous comprenons maintenant que si l'on a détruit les vieux canons, c'est de peur qu'ils ne tombent un jour entre les mains des Zeitounistes....

"Sur l'avertissement d'un brigand turc de Gaban, le gouvernement, au lieu de l'arrêter, a envoyé des troupes nombreuses à Gaban, à Androun, à Zeitoun et dans d'autres localités, où leur présence, surtout dans les circonstances troublées et orageuses de l'heure actuelle, peut donner naissance à de grave événements.

"On nous avait dit dernièrement que, pour calmer les esprits, le gouvernement avait décidé d'amnistier les déserteurs arméniens, mais nous voyons par l'incident de Hadjin, que ce n'était là qu'un mensonge. La situation es plus incertaine et plus périlleuse que jamais."

Au dernier moment, nous apprenons par une lettre adressée de Salonique à l'Osmanischer Lloyd, que le gouvernement turc a décidé d'envoyer à Adana 5000 émigrants musulmans de la Turquie d'Europe. Cela ne peut qu'aggraver la situation.



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