1916-03-02-DE-001
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Quelle: DE/PA-AA/R14090
Zentraljournal: 1916-A-06198
Erste Internetveröffentlichung: 2000 März
Edition: Genozid 1915/16
Praesentatsdatum: 03/07/1916 p.m.
Laufende Botschafts/Konsulats-Nummer: Nr. 101
Zustand: A
Letzte Änderung: 03/23/2012


Der Botschafter in außerordentlicher Mission in Konstantinopel (Wolff-Metternich) an den Reichskanzler (Bethmann Hollweg)

Bericht



Nr. 101
Pera, den 2. März 1916

10 Anlagen [bei den Akten befand sich nur eine Anlage]

Die Pforte hat unter dem 1. d.M. an die hiesigen fremden Vertretungen eine Druckschrift verteilt, welche eine Darstellung der armenischen revolutionären Bewegung und der seitens der türkischen Regierung dagegen ergriffenen Maßregeln enthält. Indem ich zehn Exemplare der Veröffentlichung hier beifüge, darf ich mir weitere Berichterstattungen für den Fall vorbehalten, daß eine nähere Prüfung der Darstellung mir Anlaß zur Äußerung geben sollte.


Metternich

Anlage

Vérité sur le mouvement révolutionnaire arménien et les mesures gouvernementales.


Les arméniens ayant été de tout temps favorisés de la bienveillance et de la confiance du Gouvernement Impérial, la plupart d'entre eux occupèrent des places importantes dans le pays. Non seulement des postes élevés comme ceux de Directeur et de Sous-Secrétaire d'État leur furent confiés dans les différents Départements, mais ils furent même élevés jusqu'au rang Ministre d'Etat. En outre depuis le rétablissement de la Constitution, la présence d'un Ministre arménien dans le Cabinet ottoman fut d'une pratique constante. Les arméniens profitant de l'attitude bienveillante et confiante du Gouvernement Impérial à leur égard Ils étaient devenus un élément important dans la vie économique de l'Empire et la plupart d'entre eux acquirent de grandes fortunes. D'autre part, l'élément arménien ne cessant de bénéficier de la protection tout particulièrement bienveillante du Gouvernement Impérial, obtint des concessions et privilèges qui ne furent jamais accordés à aucune communauté par n'importe quelle Puissance. De ce fait, ils parvinrent à instituer dans toutes les localités de l'Empire des écoles et des églises et conservèrent de la sorte, leur langue nationale ainsi que leurs coutumes et traditions religieuses à l'instar des autres communautés chrétiens de l'Empire.

Malgré cela l'élément arménien, établi dans l'Empire, n'a non seulement pas su apprécier les bienfaits de justice et le bien-être dont il jouissait, mais, tout au contraire, n'a pas manqué, ainsi que l'établiront les faits énumérés ci-après, de profiter de toute occasion pour créer des embarras et difficultés d'ordre intérieur et extérieur. Ainsi lorsque, en 1294 de l'Hégire (1878) à la suite de la guerre que l'Empire Ottoman a eu à soutenir contre la Russie, les troupes ennemies arrivèrent à San Stefano, le Patriarche Nerses Varjahetian s'empressa d'aller trouver le Grand Duc Nicolas, Commandant en Chef des Armées russes, et l'amena a faire insérer dans l'acte préliminaire de Paix, certaines clauses en faveur des arméniens; de même, lors de la réunion du Congrès de Berlin, ledit Patriarche ne se fit pas faute d'y envoyer une mission spéciale, en vue d'assurer l'insertion dans le traité de Berlin des clauses figurant dans celui de San Stefano. Par ces procédés, les arméniens ont tâché de s'assurer la protection de la Russie, ennemie de l'Empire; ils ont également essayé d'obtenir la protection de l'Angleterre, par une clause spéciale qu’ils parvinrent à faire introduire dans le traité de Chypre.

C'est à partir de cette date que les arméniens, forts du concours et de l'encouragement de l'Entente, ainsi que de leurs Agents dans l'Empire, fondèrent, en vue d'attirer l'attention de l'Europe sur eux, des sociétés secrètes sous les noms de «Hintchak « .

Les arméniens ayant été de tout temps favorisés de la bienveillance et de la confiance du Gouvernement impérial, la plupart occupèrent des places importantes dans le pays. Non seulement des postes élevés comme ceux de Directeur et de Sous-Secrétaire d'Etal leur furent confiés dans les différents Départements, mais ils furent même élevés jusqu'au rang de Ministre d’Etat. En outre depuis le rétablissement de la Constitution, la présence d'un Ministre arménien dans le Cabinet ottoman fut d’une pratique constante. Les arméniens profitant de l'attitude bienveillante et confiante du Gouvernement Impérial à leur égard étaint devenus un élément important dans la vie économique de l'Empire et la plupart d'entre eux acquirent de grandes fortunes. D’autre part, l'élément arménien ne cessant de bénéficier de la protection tout particulièrement bienveillante du Gouvernement Impérial, obtint des concessions et privilèges qui ne furent jamais accordés a aucune communauté par n'importe quelle Puissance. De ce fait, ils parvinrent à instituer dans toutes les localités de l'Empire des écoles et des églises et conservèrent de la sort leur langue nationale ainsi que leurs coutumes et traditions religieuses a l'instar des autres communautés chrétiennes

Malgré cela l'élément arménien, établi dans l'Empire, n'a non seulement pas su apprécier les bienfaits de justice et de bien-être, dont il jouissait, mais, tout au contraire, n'a pas manqué, ainsi que l'établiront les faits énumérés ci-après, de profiter de l’occasion pour créer des embarras et difficultés d'ordre intérieur et extérieur. Ainsi lorsque, en 1294 de l'Hégire (1878), à la suite de la guerre que l'Empire Ottoman a eu à soutenir contre la Russie, les troupes ennemies arrivèrent a San Stefano, le Patriarche Nerses Varjahetian s'empressa d'aller trouver le Grand Duc Nicolas, Commandant en Chef des Armées russes, et l’amena à faire insérer dans l'acte préliminaire de Paix, certaines clauses en faveur des arméniens; de même, lors de la réunion du Congrès de Berlin, ledit Patriarche ne se fit pas faute d'y envoyer une mission spéciale, en vue d'assurer l'insertion dans le traité de Berlin des clauses figurant dans celui de San Stefano. Par ces procédés, les arméniens ont tâché de s'assurer la protection de la Russie, ennemie de l'Empire; ils ont également essayé d'obtenir la protection de l'Angleterre, par une clause spéciale qu'ils parvinrent à faire introduire dans le traité de Chypre.

C’est à partir de cette date que les arméniens, forts du concours et de l'encouragement de l'Entente, ainsi que de leurs Agents dans l'Empire, fondèrent, en vue d'attirer l'attention de l'Europe sur eux, des sociétés secrètes sous les noms de « Hintchak » et de « Drochak » dont l'unique but était de fomenter et de provoquer, à toute occasion propice, des troubles dans les différentes parties de l'Empire et de travailler de la sorte, sans relâche, à détacher de la Monarchie les provinces orientales.

Cependant, le Gouvernement Impérial, après le rétablissement de la Constitution, exempt de tout esprit de parti pris, s’évertua à faire bénéficier indistinctement tous les sujets ottomans des droits politiques que le nouveau régime venait de proclamer et s'efforça tout particulièrement à satisfaire l'élément arménien.

C'est ainsi que le Gouvernement constitutionnel autorisa les Sociétés secrètes révolutionnaires, Tachnak, Hintchak et Drochak fondées, comme il est dit plus haut, lors de l'ancien régime et dont les comités, sous le nouveau régime s’étaient transformés, du moins en apparence, en partis politiques, à continuer ouvertement et en toute liberté leur activité et à se développer comme ils le désiraient; le Gouvernement Impérial, sincèrement soucieux de gagner la confiance entière de l’élément arménien, poussa la mansuétude jusqu'à tolérer que lesdits partis continuassent à conserver leurs attaches avec leur sections établies à l'étranger. Or les comités arméniens, interprétant mal la bienveillante tolérance du Gouvernement et l'attribua plutôt à sa faiblesse qu'à sa bonté, ne manquaient pas d'agir dans le sens de leur programme fondamental: tous leurs efforts tendaient à la création, avec le concours et l'aide de l'Angleterre, de la France et de la Russie, d'une Arménie indépendante. Pour la réalisation de ce but, ils ne reculaient devant aucun moyen qui pût contribuer, en quelque sorte à l'affaiblissement et la décadence de l’Empire. Ainsi en 1908, au lendemain même du rétablissement de la Constitution, alors que le Gouvernement se débattait dans des difficultés intérieures et qui trouvèrent leur expression dans le mouvement réactionnaire du 31 Mars, les arméniens, fidèles à leur programme en profitèrent immédiatement pour provoquer le même jour les événements révolutionnaires qui ensanglantèrent Adana.

Pendant la guerre balkanique, ce furent toujours les arméniens qui agirent avec le plus d'hostilité envers leurs compatriotes musulmans établis dans la région de Rodosto; ce furent encore eux qui, par des accusations mensongères, firent subit à tort à leurs concitoyens de douloureuses et cruelles épreuves.

Le Gouvernement Impérial ayant avant tout à cœur le rétablissement du calme et de la tranquillité dans le pays non seulement empêcha que ces actes d'hostilité et d'agression dus aux arméniens fussent ébruités parmi la population musulmane, mais encore prit-il soin de louer, par la voie des journaux, les faite et gestes de bravoure de ceux des officiers et soldats arméniens dans l'Armée qui, comparativement aux autres, s'étaient rendus utiles. C'est en usant de pareils procédés que le "Drochak. dont l'unique but était de fomenter et de provoquer, à toute occasion propice, des troubles dans les différentes parties de l'Empire et de travailler de la sorte, sans relâche, à détacher de la Monarchie les provinces orientales.

Cependant, le Gouvernement Impérial, après le rétablissement de la Constitution, exempt de tout esprit de parti pris, s'évertua à faire bénéficier indistinctement tous les sujets ottomans des droits politiques que le nouveau régime venait de proclamer sefforça tout particulièrement à satisfaire l'élément arménien.

C’est ainsi que le Gouvernement constitutionnel autorisa les Sociétés secrètes révolutionnaires, Tachnak, Hintchak et Drochak fondées, comme il est dit plus haut, lors de l'ancien régime et dont les comités, sous le nouveau régime, s'étaient transformés, du moins en apparence, en partis politiques, à continuer ouvertement et en toute liberté leur activité et à se développer comme ils le désiraient; le Gouvernement Impérial, sincèrement soucieux de gagner la confiance entière de l'élément arménien poussa la mansuétude jusqu'à tolérer que lesdits partis continuassent à conserver leurs attaches avec leurs sections établies à l'étranger. Or les comités arméniens, interprétant mal la bienveillante tolérance du Gouvernement et l'attribuant plutôt à la faiblesse qu'à sa bonté, ne manquaient pas d'agir dans le sens de leur programme fondamental; tous leurs efforts tendaient à la création, avec le concours et l'aide de l'Angleterre, de la France et de la Russie, d'une Arménie indépendante. Pour la réalisation de ce but, ils ne reculaient devant aucun moyen qui .pût contribuer, en quelque sorte à l'affaiblissement et la décadence de l'Empire. Ainsi en 1908, au lendemain même du rétablissement de la Constitution, alors que le Gouvernement se débattait dans des difficultés intérieures et qui trouvèrent leur expression dans le mouvement réactionnaire du 31 Mars, les arméniens, fidèles à leur programme, en profitèrent immédiatement pour provoquer le même jour les événements révolutionnaires qui ensanglantèrent Adana.

Pendant la guerre balkanique, ce furent toujours les arméniens qui agirent avec le plus d'hostilité envers leurs compatriotes musulmans établis dans la région de Rodosto; ce furent encore eux qui, par des accusations mensongères, firent subir à tort à leurs concitoyens de douloureuses et cruelles épreuves.

Le Gouvernement Impérial ayant avant tout à cœur le rétablissement du calme et de la tranquillité dans le pays, non seulement empêcha que ces actes d'hostilité et d'agression dus aux arméniens fussent ébruités parmi la population musulmane, mais encore prit-il soin de louer, par la voie des journaux, les faits et gestes de bravoure de ceux des officiers et soldats arméniens dans l'Armée qui, comparativement aux autres, s'étaient rendus utiles. C'est en, usant de pareils procédés que le Gouvernement Impérial s'efforçait à dissiper le malentendu qui régnait entre les éléments musulman et arménien afin de faciliter ainsi l'introduction et l'application effective des réformes radicales dont il avait décidé de doter les provinces orientales.

Alors que d'une part, le Gouvernement Impérial s'occupait de préparer à l'intérieur le terrain pour l'introduction des réformes préconisées, il recourait, de l'autre, aux bons offices du Gouvernement Britannique en vue d'obtenir l'envoi d'inspecteurs généraux européens, ainsi que d'officiers de gendarmerie et de police.

Au moment où le pays, fortement éprouvé à la suite des revers essuyés pendant la guerre balkanique, travaillait à son relèvement, les arméniens déployèrent toute leur activité à pousser l'Empire vers l'abime, en vue de réaliser leur dessein d'ériger sur ses ruines une Arménie indépendante. Il est particulièrement regrettable d'avoir à constater qu'ils réussirent, par leurs agissements, à contrecarrer tous ces projets de réformes et de consolidation.

Tandis qu'ils s'adressaient à la Russie par l'entremise du Katholikos, ils entreprenaient d'autre part, Nouhar Pacha en tête, une violente campagne pour amener une intervention étrangère dans les affaires intérieures de l'Empire. Aussi, arriva-t-il que l'Angleterre, qui, tout d'abord, avait acquiescé a la demande du Gouvernement Impérial d'envoyer des fonctionnaires spécialistes, cédant à la pression exercée par la Russie et à la campagne effrénée menée par certains organes de la presse étrangères, déclara ne pouvoir remplir sa promesse. Sur ce, l'intervention étrangère se manifesta dans des conditions aussi lourdes que pénibles.

Après sept mois de pourparlers, le Gouvernement Impérial fut contraint de faire venir des inspecteurs généraux étrangers que cette fois on lui imposait.

La Russie qui avait résolu la question macédonienne par le sang et par le feu, parvenait ainsi à créer une nouvelle Macédoine dans l'Anatolie Orientale. Le comité central « Tachnakiste », par sa circulaire très confidentielle en date du 5 Mars 1913; tombée entre les mains des Autorités Impériales, avisait ses différentes sections que les Gouvernements français, anglais et russe avaient décidé de prendre en main la question arménienne aussitôt que la paix serait définitivement rétablie, et qu'ils étaient d'accord sur le principe d'introduire, dans les provinces considérées arméniennes, un régime spécial.

La circulaire, après avoir relevé que Poincarré à Paris, Edward Grey a Londres et Sasonow à St. Pétershourg, ainsi que les représentants des trois puissances de l'Entente à Constantinople, ont recommandé au Comité de patienter et de se tenir sur l'expectative, poursuit ainsi: "Le Comité anglo-arménien à Londres qui a pris dans son sein plusieurs membres influents du ' comité balkanique, déploie pas mal d'activité. En effet celui-ci vient de présenter aux chefs d'Etat des six Puissances ainsi qu'à leurs gouvernements respectifs un mémorandum pressant, dont une copie a été également envoyée a Mr Taft, Président des Etats-Unis. Il nous revient de bonne source que les Ambassadeurs d'Angleterre, de France et de Russie ont reçu des instructions pour s'occuper de la question arménienne. Nous nous efforçons d'obtenir le concours des autres Gouvernements ou tout au moins l'assurance qu'ils ne soulèveront pas d'obstacles.»

La population musulmane qui se rendait bien compte que c'est aux menées des arméniens qu'elle devait la blessante ingérence étrangère dans les affaires du Pays, ne pouvait s'empêcher de ressentir a l'égard de ses compatriotes félons et traîtres une haine aussi naturelle que profonde.

Tel était l'état des choses lorsque la Guerre générale éclata.

Les arméniens qui, de tout temps, considéraient les Puissances de la Triple Entente comme leurs protectrices, n'épargnèrent aucun effort et s'imposèrent toute sorte de sacrifices pour assurer le succès de leurs armes et la défaite de la Turquie ainsi que de ses alliés.

Déjà, avant la participation du Gouvernement Impérial à la guerre, les comités arméniens avaient pris la décision de se tenir prêts et de suivre attentivement le développement des événements. Ils s'étaient convenu qu'aussitôt que le succès pencherait du côté des armes ottomanes, de tous côtés des révoltes éclateraient, des massacres seraient commis, des incendies allumés et la retraite serait coupée aux armées turques; que les soldats arméniens déserteraient avec armes et bagages et formeraient des bandes pour mener une guérilla et contribuer ainsi aux succès des forces russes, afin d'amener la défaite de l'armée Impériale et d'obtenir comme résultat final la création d'une Arménie indépendante. En vue de la réalisation et de l'exécution de ce plan, les Puissances de l'Entente ont prêté, par tous les moyens dont elles disposaient, leur concours le plus efficace aux arméniens en les armant et en les encourageant dans leurs desseins. Pour se faire une idée du degré de l'activité déployée par les arméniens dans le but de commettre des actes révolutionnaires on n'a qu'à parcourir la correspondance émanant de différents membres des comités arméniens, correspondance dont la lecture est suffisamment édifiante.

Pour ce qui est de l'influence que les Puissances de l'Entente exerçaient de tout temps sur les arméniens et les encouragements qu'elles leur prodiguaient, il suffit de recourir aux déclarations officielles de certains hommes d'Etat. Celles-ci, jointes aux diverses correspondances relatées ci-après, constituent des preuves manifestes à cet égard.

Déjà. un mois avant l'entrée de la Turquie en guerre, le Tzar, dans un manifeste qu'il leur adressait, invitait les arméniens, sujets ottomans, à se soulever; les passages suivants dudit manifeste sont tout particulièrement significatifs:

« Arméniens, l'heure de vous affranchir du despotisme et de l'esclavage qui pèsent sur vous depuis cinq siècles et dont certains de vous sont encore victimes, a sonné.

« Sous le sceptre du Tzar. joignez-vous à vos frères de sang afin de bénéficier de tous les bienfaits de la liberté et de la justice ».

Un certain Abraham Tourabian, parlant au nom du comité de recrutement de. volontaires arméniens, dans une adresse responsive y relative (voir le journal « La Tribune» de Genève du 22 Novembre 1914), dit entr'autres, ces phrases dignes de mention et que nous avons tirées d'un texte arménien: « Le Tzar de toutes les Russies et le Roi d'Arménie, réjoui du spectacle de deux cent mille baïonnettes arméniennes, c'est-à-dire d'une véritable armée consciente de son devoir, parle en notre faveur.

« Les arméniens se rappellent avec une profonde reconnaissance que la France a toujours défendu leur cause. Je suis convaincu que la France ne nous considérera plus comme les victimes pitoyables du massacre général datant d'hier, mais comme un peuple guerrier qui sait lutter et mourir au nom de la civilisation.

« L'Arménie qui, après avoir fait continuellement la guerre pendant cinq siècles, était tombée sous l'esclavage perpétuel des barbares, répond à l'heure du danger, vibrante de bravoure et avide de liberté, à l'appel du Tzar, avec la fierté qui caractérise sa race et dit: Majesté, me voici prête! »

L'Indépendance Roumaine, dans son numéro du 12 Février 1915, rapporte qu'il ressort des déclarations faites par Sasonow que le dernier accord turco-russe constitue un acte historique par lequel le Gouvernement Ottoman reconnaît la situation particulière de la Russie dans les questions arméniennes et que par conséquent la Russie, après la guerre, saura en profiter. De même, Mr Sasonow, dans le discours qu'il a prononcé à l'occasion de l'ouverture de la Douma, a affirmé que les arméniens sont en train de lutter de concert avec les forces russes contre l'Empire Ottoman. Lors des débats qui se déroulèrent à la Chambre des Lords, Lord Cromer a déclaré que « l'un des buts poursuivis dans cette guerre, est la délivrance de l'Arménie du joug turc.» Et le Gouvernement anglais s'associa à cette déclaration.

Un rapport en date du 24 Décembre 1912 No 63, adressé par le Consul de Russie à Bitlis à Tcharikoff donne une idée de l'activité des comités arméniens et notamment de celui des Tachnaks. Vu l'intérêt que ce rapport présente, en voici quelques passages: "Le comité Tachnakjste déploie une grande activité et use de toute son influence pour gagner l'opinion publique arménienne en faveur de la Russie. La Société dont il s'agit, travaille avec ténacité pour provoquer des rencontres entre les éléments arménien et musulman et amener ainsi l'intervention russe et l'occupation du pays par les troupes russes. Dans ce but, les Tachnaks ont recours à différents moyens. C'est ainsi qu'ils tachent de provoquer des échauffourées entre les Musulmans et troupes ottomanes dune part, et les arméniens de l'autre afin de semer la peur et la terreur dans le pays. Les arméniens, tant citadins que villageois, y compris leurs chefs religieux, manifestent sans cesse leur sympathie envers la Russie. L’attitude des membres Tachnakistes, ainsi que les sentiments qu'ils professent à l'égard de la Russie, sont une conséquence des instructions qui leur sont transmises par le Comité central de Constantinople. »

Au huitième congrès Hintchakiste qui s'est réuni le 7 Septembre 1913, les décisions suivantes ont été prises:

«Dorénavant on aura recours aux moyens révolutionnaires. C'est sur cette base qu'il sera procédé a la transformation des membres des sièges et succursales dans les différentes parties de l'Empire. Afin de pouvoir diriger et suive de près les mouvements révolutionnaires, le siège central sera transporté en Bulgarie. »

Dans un article paru le 11 Septembre llll dans le journal « Arev », publié a Bakou sous le titre « En présence de minutes importantes » il est dit: « Un terme doit être mis à la question des arméniens ottomans. Il faut que cette pénible tragédie dans laquelle un peuple laborieux se débat depuis tant d'années et de siècles cesse enfin. Nos ancêtres sont parvenus à préserver de la destruction une nation contre l'univers entier et ont réussi a la faire vivre jusqu'aujourd'hui; ils ont su défendre, contre les agressions dont nous avons été l'objet du coté de l'Asie, les qualités et vertus morales de l'arménisme à tel point que c'est grâce à cela que nous comptons encore parmi les nations, bien que nous soyons aujourd'hui politiquement faibles et dans une situation modeste. Devons-nous donc maintenant nous retirer avec déshonneur? Ou bien faut-il nous assurer dès à présent un avenir convenable? Telle est la question qui se pose a notre génération en ce moment important.»

Voici encore des extraits d'une lettre responsive adressée par un certain Archak Tchohanian, notable arménien habitant Paris, au Comité du »Hintchak Réformé» aux Etats-Unies : « Vus me demandez des conseils sur la ligne de conduite à suivre; je vous en remercie. La question la plus importante est la Sainte Guerre actuelle. C'est d'elle, d'elle seule, que nous tous, nous devons nous occuper. Toutes les autres questions, en dehors de celle-ci, sont de celles qui peuvent être réglées plus tard; les arméniens qui sont éparpillés à travers le monde doivent de-toutes leurs forces travailler au succès des Puissances de l'Entente. L'Allemagne et ses alliées sont condamnées à disparaître; une ère de renaissant; va s'ouvrir. Vous devez travailler a en profiter. Les arméniens de Paris ont fourni un grand nombre de volontaires à l'armée française et le nombre de ceux qui s'y inscrivent va en grandissant. Déployéz vos efforts pour expédier également de l'Amérique de volontaires à l'Angleterre et a la France, nous en recueillerons le fruit. »

Le journal arménien «Bahag » paraissant à Providence (Etats-Unis d'Amérique), dans son numéro du 24 Décembre 1914, dit que « les arméniens de Russie, prenant en considération la gravié de la situation, font preuve de loyalisme et de fidélité à l'égard de la Russie et déploient tous leurs efforts pour la victoire de cette dernière et la délivrance des arméniens en Turquie. Dans les différentes localités du Vilayet de Van, le mouvement révolutionnaire a déjà commencé. Partout où l'Armée russe fait son apparition, les arméniens se soulèvent en armes, procurant ainsi aux forces russes qui s'avancent toutes espèces d'appui et de soutien.«

Les extraits suivants du journal " Hintchak » du mois de Décembre 1914 (organe et porte parole du comité central Hintchakiste social démocrate) valent d'être cités: « Le comité social-démocrate hintchak, poussé par les événements politiques actuels, descend des montagnes de Taurus et des confins de l'Arménie au champ de bataille en sonnant le cor de combat et de révolution pour noyer dans le sang la tyrannie ottomane.

«Dans cette lutte gigantesque qui met en question l'existence des nations, les arméniens vont réunir toutes leurs forces matérielles et morales, et, en brandissant l'épée de la révolte, rendront part à la guerre générale. Comme alliés de la Triple Entente, et en particulier de la Russie, ils coopéreront avec tous les moyens révolutionnaires et politiques dont ils disposent, à la victoire des alliés en Arménie, en Cilicie, au Caucase et à l’Azerbaïdjan, se laissant guider par leur patriotisme et remplissant ainsi leur devoir envers eux-mêmes et envers la civilisation.

«Alors, en avant, camarades! Au travail! Ecrasons, par notre mort, la mort qui menace l'Arménie! Pour que l'Arménie vive et vive éternellement»

Le journal roumain " Diminietza » a reproduit dans son numéro du 11 Juin 1915, l'appel lancé par le comité central du parti arménien S. D. Hintchakiste sous le titre « Pour l'autonomie de l'Arménie», et publié dans 1' »Humanité » de Paris, dont voici-quelques passages remarquables: « La nation arménienne, dès le premier jour de la guerre, eut l'audace de faire cause commune avec les alliés. C'était un spectacle épique et digne de tous les loges de voir une nation martyrisée depuis des siècles, oubliant ses rancunes contre l'Europe et se préparant à se sacrifier, les arme à la main, pour la cause de la civilisation.

«Présentement 80000 soldats arméniens combattent sous le drapeau russe contre les armées austro-allemandes et 40000 contre les armées turques. Ce n'est pas tout. Plus de 10000 volontaires arméniens, venus de toutes parts, versent leur sang sur le front russo-turco-persan pour la réussite des armes alliées.»

Le même journal, dans son numéro du 21 juillet 1915, insere la déclaration de la section du comité Hintchakiste de Bucarest que voici: « Aussitôt après le congés, on effectuera également le recensement de l'Arménie autonome: Le comité exécutif et les sections du parti Hintchakiste ont organisé en Angleterre, en Egypte, en Russie et en France des corps de volontaires. Les volontaires arméniens à Paris se sont fait, avant leur départ, photographier devant les Invalides. Le lendemain, les journaux français ont relevé les vertus de ces derniers. Le Secrétaire d'Etat au Foreign Office, Sir Edward Grey, dans une allocution qu'il a prononcée à cette occasion, a déclaré que les Arméniens en constituant, après la guerre actuelle, une Arménie autonome réaliseront l'idéal qu'ils poursuivent depuis longtemps. »

Ainsi qu'il ressort des documents et publications dont des extraits succincts ont été reproduits ci-haut, les arméniens, tout en travaillant d'une part à la création d'une Arménie indépendant, - projet dont la réalisation est conforme aux principes posés dans le programme tracé avant la guerre, - déploient, d'autre part tous leurs efforts pour assurer la victoire des armes des Puissances de l'Entente. Quant à ces dernières, elles ne perdent aucune occasion à pousser les arméniens à la révolte, afin d'occuper ainsi des forces ottomanes dans l'intérieur du Pays.

Bien que ces intrigues fussent ourdies au vu et au su du Gouvernement Impérial, celui-ci s'abstint d'exercer une pression quelconque ou d'adopter des mesures répressives contre les arméniens jusqu'au jour où éclata la révolte de Van vers la mi-avril de l'année 1331 (1915) de l'Hégire. Il est nécessaire de relever que quelques mois avant cet événement, S. E. Enver Pacha avait prévenu le Patriarche arménien que, comme il ne lui serait pas possible de disposer pendant la guerre d'un nombre suffisant de gendarmes et de forces militaires pour la maintien d l'ordre et de la sécurité dans le pays, il se verrait obligé, dans le cas où les arméniens tenteraient de provoquer des révoltes, de prendre les mesures les plus rigoureuses pour étouffer, dans son origine, tout soulèvement ou acte révolutionnaire, et ce, en vue d'assurer la tranquillité et la défense du Pays. Le Président de la Chambre dés Députés n'avait pas manqué pour sa part de tenir un langage analogue aux députés arméniens affiliés aux comités arméniens.

L'élément arménien se trouvait donc ainsi averti, tant par l'entremise du clergé que par celle celle des notables arméniens, des conséquences funestes que pourrait avoir tout mouvement insurrectionnel. Cependant en dépit de ces avertissements et recommandations, les arméniens n'ont pas cessé de déployer leur activité révolutionnaire. C'est ainsi que la majeure partie de la jeunesse arménienne, appelée sous les armes pour remplir le service militaire, a non seulement, déserté, mais, munis d'armes distribuées par la Russie, s'est jointe aux forces ennemies pour attaquer la mère patrie, Les jeunes arméniens massacreront les populations musulmanes des régions frontières ou l'ennemi avait réussi a pénétrer. Les arméniens restés dans les différentes parties de l'empire poussèrent, de leur coté, l'audace jusqu'à commettre des actes de révolte et fomenter des troubles.

Le commandant de l'Armée Impériale avant constaté que les arméniens faisaient cause commune avec les forces ennemies, se vit forcé, en vue d'assurer les derrières de ses troupes, d'ordonner le transfert vers le sud de l'élément arménien établi dans des localités considérées comme zones militaires.

Ainsi qu’il a été déjà exposé, dès le lendemain de la constitution, les Comités révolutionnaires arméniens, agissant librement sous forme de partis politiques, avaient réussi a introduire dans leurs organisations presque tous les arméniens et à créer des sections dans toutes les parties du pays. C’est pourquoi le Gouvernement Impérial qui se trouvait en présence d'une organisation révolutionnaire s'étendant sur le pays entier, s'est vu obligé de prendre des dispositions en conséquence. |

Les assertions d'après lesquelles ces mesures auraient été suggérées a la Sublime Porte par certaines Puissances étrangères sont absolument dénuées de fondement. Le Gouvernement Impérial, fermement résolu à maintenir son absolue indépendance, ne pouvait naturellement admettre aucune immixtion, sous quelque forme que ce soit, dans ses affaires intérieures fut-ce même de la part des amis et alliés.

D'ailleurs, ainsi qu'il sera loisible de le constater par ce qui suit, des bombes, des armes prohibées, des documents et écrits révolutionnaires furent saisis lors des perquisitions faites dans toutes les localités de l'Empire, où l'élément arménien est plus ou moins dense. C’est par ces agissements que les arméniens ont placé le Gouvernement Impérial dans la nécessité d'adopter des mesures aussi rapides qu'efficaces.

Quelques uns des actes révolutionnaires perpétrés par les arméniens sont brièvement exposés ci-après:

Vers la fin de l’année (1914), des gendarmes furent assaillis à main année à Mouche et à Kizan.

Les communications entre Van et Bitlis furent interrompues et les fils télégraphiques coupés. Des bandes composées de déserteurs et de brigands arméniens attaquèrent l'hôtel du gouvernement à Zeïtoun et tentèrent d'exterminer la population musulmane, sans épargner les femmes et les enfants.

Lors des perquisitions opérées à Césarée, dans les cimetières, églises, écoles et autres lieux appartenant aux arméniens, les Autorités Impériales ont découvert des bombes, des armes, de la poudre, des clés pour chiffrer leur correspondance secrète, des instructions pour les bandes révolutionnaires et d'autres documents. Il a été prouvé que le vicaire arménien se trouvait à la tête de ce mouvement, et les inculpés ont avoué d'autre part que les bombes saisies étaient destinées à obtenir l'indépendance arménienne.

Le 11 Mars 1331 (1915), une bande arménienne, retranchée dans le monastère Téké, dominant la ville de Zeïtoun, a ouvert le feu sur un détachement de gendarmerie qui s'approchait du monastère. Le commandant du détachement ainsi que les gendarmes qui l'accompagnaient furent tués.

Dans le même mois de Mars, une révolte arménienne éclata dans la commune de Timar dépendant de Van. Le mouvement s'est propagé ensuite aux cazas de Guvache et de Chtak. Dans la ville même de Van, le mouvement insurrectionnel a été encore plus violent: d'importantes parties de la ville furent incendiées; des centaines de personnes, tant militaires que civiles, assassinées. C'est ainsi que le Times du 8 Octobre 1915, enregistrait que les arméniens, armes en main. avaient réussi à reprendre la ville de Van et qu'à la bataille de Sari-Kamiche, de nombreux arméniens ottomans, plusieurs bandes arméniennes, commandées par des officiers russes venant de Russie et de Perse ont tenté de franchir les frontières ottomanes. Ces bandes étaient munies de drapeaux portant ces inscriptions: « les arméniens sont délivrés» et « l'Arménie est libre ».

Après une courte résistance, la ville de Van fut occupée par les russes et les arméniens. La population musulmane restée dans la ville fut impitoyablement massacrée. Des bombes, de la dynamite, des armes, des uniformes de gendarme, de trompettes militaires et des milliers de déserteurs ont été saisis à Diarbékir, Sivas, Souchehri. Merzifon el Amassia. Le Gouvernement Impérial qui, ne voulant pas soulever dans ces circonstances actuelles une grave question d'ordre intérieur, s'était tenu dans l'expectative sans aviser a aucune mesure répressive, s'est vu, à la fin, forcé d'adopter les mesures - plutôt préventives que répressives - propres à enrayer ces menées révolutionnaires. En vue de mettre un terms à cette activité criminelle, il a dissout les comités arméniens et a ordonné la fermeture de leurs sièges tant à Constantinople que dans les Provinces. D’autre part, afin d'empêcher les arméniens se trouvant dans les zones militaires de créer des difficultés au Gouvernement Impérial et à l'armée ainsi que d'enlever aux bandes arméniennes toute possibilité de massacrer les populations musulmanes et, enfin, en vue d'assurer les communications de l'Armée Impériale et prévenir de la sorte tout coup de main, le transfert des arméniens habitant les zones militaires dans d'autres localités fut décidé. Le Gouvernement Impérial se serait borné à ces mesures si les arméniens n'avaient pas étendu leur activité révolutionnaire jusqu'aux champs d'action de l'Armée Ottomane: mais, au commencement du mois de Juin de l'année courante, les arméniens ont, subitement, et, sans motif aucun, attaqué la ville de Charki-Kara-Hissar et incendié les quartiers musulmans. Huit cents insurgés s'enfermant dans la cidatelle de la ville, n'ont pas même voulu prêter oreille aux conseils paternels et aux propositions conciliantes des Autorités Impériales. Ils ont causé la mort de 150 personnes parmi lesquelles le Commandant de la Gendarmerie. Presqu'à la même date, les Autorités Impériales, à la suite des perquisitions opérées, découvrirent des bombes et des armes prohibées à Ismid, Ada-Bazar et Baghtchédjik.

Pendant le bombardement d'Héraclé par la flotte russe, il a été constaté que les arméniens d'Ismit et d'Ada-Bazar, changeant subitement d'attitude, se livrèrent à l'espionnage en faveur de l'ennemi. Dans quelques endroits, ils formèrent même des bandes et attaquèrent les Musulmans.

A Brousse et dans ses dépendances les mêmes faits se produisirent avec plus de violence. Le Gouvernement Impérial a été ainsi amené j éloigner les arméniens habitant ces endroits dans des localités plus sûres.

A Marache aussi, les déserteurs et les comitadjis arméniens se sont révoltés.

Dans le vilayet d'Angora, à Bogazlayan, de fortes bandes arméniennes ont assailli les Musulmans. Avant leur transfert, les arméniens ont cherché a détruire les maisons et les villes qu'ils quittaient en provoquant de grands incendies.

A Ourfa, dans la nuit du 6 Septembre de l'année courante, des arméniens abrités dans des maisons solidement bâties et dominant la ville, ont ouvert le feu contre les patrouilles de gendarmerie, et. ainsi un mouvement révolutionnaire des plus violents a éclaté. Les arméniens ayant réussi a occuper les institutions appartenant à des étrangers, ont opposé une vive résistance aux agents de la force publique attaquant les quartiers musulmans environnants et blessant et tuant de nombreuses personnes. Là-dessus, une force militaire suffisante fut envoyée sur les lieux, qui dispersa les insurgés et détruisit le 3 Octobre leurs repaires. Dans cette affaire, l'armée et la gendarmerie ont perdu 20 morts et 50 blessés. Grâce aux mesures rapides et énergiques adoptées par les autorité militaires, ce mouvement révolutionnaire a été étouffé sans que les étrangers et les institutions appartenant aux pays neutres ou ennemis, ainsi que les agents de ces premiers en eussent souffert. La répétition de pareils faits dans toutes les parties de l'Empire et la nécessite primordiale d'assurer la tranquillité intérieure et la défense extérieure du Pays ont rendu indispensable l'éloignement des arméniens des endroits on leur présence était considérée comme nuisible; c'est ce qui nécessita leur transfert en des localités plus sûres et hors de l'influence étrangère.

Pendant l'application de cette mesure, les arméniens furent parfois victimes de regrettables abus et violences; Mais si déplorables qu'ils soient, ces faits étaient inévitables à cause de l'indignation profonde des populations musulmanes contre les. arméniens qui travaillaient par la révolte et la trahison a mettre en danger l'existence d'un pays dont ils étaient les nationaux.

Toutes les forces militaires du pays se trouvant sur les différents théâtres de guerre, les violences commises envers les arméniens ne purent pas être entièrement prévenues: néanmoins, des mesures générales furent édictées sans retard pour la protection de leur vie et de leurs biens, C’est ainssi qu’un bataillon de gendarmerie fut attaqué pendant qu'il cherchait à protéger un convoi d'arméniens qu'il accompagnait et plusieurs gendarmes ont même été tués par la population furieuse.

Le Gouvernement Impérial a promulgué une loi spéciale pour la sauvegarde des biens appartenant aux arméniens transférés, et il a chargé de l'application de cette loi des commissions composées de fonctionnaires capables et expérimentés. Il a également envoyé des commissions d'inspecteurs qui enquêteront sur les lieux et déféreront aux cours martiales tous ceux dont la culpabilité aura été établie.

Or, ces commissions aussitôt qu'elles se mirent à l'œuvre, commencèrent a envoyer des rapports au sujet de leur activité. Voici en résumé le contenu d'un rapport reçu de la Commission d'enquête instituée a Sivas.

53 fonctionnaires ottomans civils, militaires, judiciaires, du fisc, de la police et de la gendarmerie ont été, avec les pièces judiciaires les concernant, déférés a la cour martiale pour abus de pouvoir dans l’exercice de leurs fonctions. Leur mise en jugement est sur le point d’être ordonnée.

56 personnes parmi les fonctionnaires civils, les gendarmes et. les militaires ont été condamnées par la cour martiale d'un mois de prison a 3 ans de travaux forcés et au payement de différentes amendes pour abus et conduite illicite lors du transfert des arméniens. Quelques uns desdits gendarmes ont été en outre radiés des cadres de la gendarmerie.

46 officiers et soldats de l'Armée Impériale, ainsi que des officiers de gendarmerie et des gendarmes sont sur le point de comparaître devant la cour martiale pour différents délits.

34 individus ont été condamnés pour les mêmes motifs par la cour martiale a des peines variant d'un mois de prison jusqu'à 3 ans de travaux forcés ainsi qu'au paiement de différentes amendes suivant la gravité de leurs délits.

4 individus ont été traduits devant les tribunaux pour vols et usurpations.

Les Gouvernements de I’Entente voyant que le mouvement arménien qu'ils avaient fomenté ne pouvait plus aboutir au résultat qu'ils en espéraient, cherchent actuellement a se poser en protecteurs en demandant la cessation de cet état de choses.

En réalité, ainsi que nous venons de l'exposer, le Gouvernement Impérial a pris toutes les mesures possibles pour la protection de la vie et des biens des arméniens dont les lieux de séjour ont été changés, et il n'a jamais cessé de respecter leurs droits légaux. Comme il a été expliqué plus haut, le déplacement des arméniens de certaines régions où leur présence pouvait menacer la liberté d'action de l'Armée Impériale et troubler la tranquillité du pays fut jugé nécessaire uniquement par les Autorités civiles et militaires. Aucune mesure coercitive ne fut édictée par le Gouvernement Impérial contre les arméniens jusqu'à la date de leur révolte armée qui eut lieu à Van et dans les autres zones militaires, dans le courant du mois de Juin de l'année 1915 et après qu'ils eussent fait cause commune avec l'armée ennemie. En conséquence, les déclarations et les publications des hommes d'Etat et de la presse des pays ennemis d'après lesquelles une politique spéciale, inspirée par les circonstances actuelles, serait suivie en Turquie en vue d'anéantir l'élément arménien ou que sous la poussée du fanatisme, un mouvement aurait été organisé contre tous les chrétiens de l'empire, ne forment qu'un tissu d'absurdités.

Ce sont seulement les Puissances de l’Entente qui, dans le but de faire éclater une révolution dans l'intérieur du Pays et mettre par ce fait l'Armée Impériale dans une situation difficile, ont encouragé et excité les arméniens à se soulever contre l'Etat en faisant miroiter a leurs yeux les perspectives attrayantes d'une Arménie indépendante.

Et ce n'est qu'avec le rêve d'atteindre leur idéal national, que les malheureux arméniens se sont jetés dans cette lutte gigantesque. Les mesures forcément adoptées a leur égard ne sont que la conséquence de leurs propres oeuvres et de celles qui les ont encouragés.




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